DIANE KRUGER MAGISTRALE

IN THE FADE, de Fatih Akin – 1h46

Avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Johannes Krisch, Samie Chancrin

Sortie : mercredi 17 janvier 2018

À mon avis : 4 sur 5

Le pitch ?

La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe.
Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

2 raisons d’y aller ?

La vengeance en jeu. Même si le thème n’est pas neuf, loin de là, Fatih Akin parvient à nous tenir en haleine par cette histoire d’une femme qui veut venger le meurtre aveugle des siens.

En misant sur un couple atypique – l ‘ouverture avec le mariage en prison est une vraie belle idée  – le cinéaste traite aussi du retour d’une nostalgie nazie en Allemagne et de cette xénophobie qui gangrène la société actuelle. Fatih Akin raconte comment il a eu l’idée du scénario après un sinistre fait-divers après les meurtres commis en Allemagne, contre des personnes d’origine turque, par des membres du groupuscule néo-nazi NSU (littéralement Clandestinité Nationale-Socialiste) : « L’enquête a fait scandale, parce que la police a d’abord soupçonné les victimes elles-mêmes : celles-ci étaient forcément impliquées dans le trafic de drogue, ou dans des salles de jeu clandestines, ou dans d’autres activités criminelles. Les meurtres ne pouvaient être que des règlements de compte de la mafia turque… La presse a tellement relayé les soupçons de la police que les familles des victimes elles-mêmes s’interrogeaient : et si mon père ou mon fils avaient vraiment fait affaire avec le crime organisé…? Mais tout était faux : les victimes n’avaient rien à se reprocher. » En ajoutant un « détail » – le fait que les accusés soit aidés par un nazi grec, membre du parti Aube dorée, le cinéaste montre bien comment ces idées nauséabondes n’ont pas de frontières aujourd’hui.

La puissance de Diane Kruger. Tour à tour solaire et puis basculant dans le drame, les larmes et le désir de se venger à tout prix, la comédienne est éblouissante de bout en bout et a largement mérité le Prix d’interprétation féminine reçu au dernier Festival de Cannes. Jouant sans maquillage, elle laisse passer sur son visage tous les chagrins du monde et laisse voir toutes les blessures de cette femme brisée à jamais. La rencontre avec le cinéaste a eu lieu, toujours à Cannes, en 2012 comme elle le raconte : « J’étais spontanément allée le voir parce que j’aime beaucoup son travail, et que j’aurais été ravie qu’il ait un projet pour moi. Cinq ans plus tard, il m’a contactée via Melita Toscan du Plantier, une de ses productrices et il est venu me rendre visite à Paris. Il m’a parlé de Katja, l’héroïne, et des hésitations qu’il avait encore : étais-je prête à incarner ce personnage qui est la négation même du glamour ? Je lui ai répondu que j’étais très intéressée. »

Même si le dénouement est  un peu prévisible, le film nous touche de bout en bout par la performance sans failles de la comédienne qui, retrouvant sa langue natale, a sans doute pu utiliser des émotions profondément enfouies en elle, même si elle mène depuis des lustres une internationale carrière. Elle conclue : « Une langue maternelle revient très vite, sans réfléchir J’ai vraiment apprécié retrouver mes racines. » En tout cas, ce rôle fort qui vient à point nommé dénoncer certaines dérives de l’Europe malade.

Une bande originale solide

C’est à la chanson éponyme du groupe Queens of the Stone Age que le film emprunte son titre . Fatik Akin note : « Leur musique a quelque chose de fataliste qui correspond bien à l’univers du film. » On retrouve donc le titre The Bronze dans la bande originale du film (*) qui accompagne la

belle musique signée du chanteur-guitariste américain et leader de Queens of the Stone Age Joshua Homme, dont c’est la première incursion dans l’univers cinématographique. Y figurent en prime Anonymous Club, par Courtney Barnett; The Blues, par Hindi Zahra ou encore Superhero par Faith No More.

En tout cas, une chose est sûre : la BO du film accompagne parfaitement les séquences de ce drame.

(*) Disque Milan Music

 

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