WE ARE X, de Stephen Kijak – 1h35
Documentaire
Sortie : mercredi 6 décembre 2017
À mon avis : 3 sur 5
Le groupe X Japan a déclenché une révolution musicale, avec leur métal mélodique, au Japon à la fin des années 80. Vingt ans après leur séparation, le leader de X Japan, Yoshiki, se bat contre des démons physiques et spirituels comme des préjugés de l’Occident afin de partager leur musique au monde entier.
Ce qui touche dans le film ?
Pas facile de se passionner pour un film musical quand on ne connaît rien ou presque de ce groupe japonais de hard rock, même s’il est connu dans le monde entier. Quelques chiffres le prouvent : depuis sa création en 1982, X Japan est le groupe le plus populaire de l’histoire du Japon et a vendu 30
millions d’albums et de single. Mieux, il a rempli à dix-huit reprises le Tokyo Dome et ses 55 000 fauteuils. Commentaires de Stephen Kijak : « C’est le défi de tout documentaire sur un groupe de rock célèbre – s’adresser aux fans fidèles et ceux qui n’en ont jamais entendu parler. Si tu arrives à faire un film qui plaise autant aux uns qu’aux autres, tu as fait ton boulot. Il s’agit de se concentrer sur l’histoire et le personnage – si ces deux arches sont fortes et capti- vantes, tout le monde se laissera emporter. »
Loin des chiffres et du goût ou non pour ce type de musique, le film de Stephen Kijak (ses producteurs sont ceux de Sugar Man, autre film musical marquant) a l’immense mérite de ne pas être une captation de tournée de plus : il fait, au fil des images, un portrait vivant et touchant du leader du groupe, Yoshiki. Un artiste et un homme que l’on sent particulièrement tourmenté, hanté par la mort.De fait, Yoshiki est marqué à tout jamais par celle de son père, un marchand de kimono, qui s’est
pendu alors que le futur artiste n’avait que 10 ans. Un élément déclencheur dans la vie d’un musicien formé par le classique et qui semble brûler la vie avec une grande intensité, malgré une santé chancelante : sa mère avoue même qu’avec l’asthme grave qu’avait son fils, elle pensait qu’il mourrait jeune. Tout comme il est marqué par le suicide de Hide, le guitariste original du groupe, survenu en 1997. A cet égard, les visites de Yoshiki au cimetière où reposent son ami et son père, le tout dans un silence qui contraste avec le déluge des décibels sur scène, se passe de tout commentaires.
Une des forces du film, c’est de nous faire percevoir la psychologie torturée d’un artiste virtuose – son jeu de batterie est époustouflant -qui se livre par bribes, écrasant parfois une larme, et qui ne se départit jamais d’une forme de politesse extrême, y compris quand ses fans l’assaillent. « J’ai été fasciné par Yoshiki : le gardien des secrets du groupe, un génie créatif sans limites, parvenant à atteindre la croisée des symphonies classiques et des conflagrations du hard rock. Il est vulnérable et vénéré, difficile et déterminé, énigmatique et étonnamment ouvert – en un mot, un être brillant » dit le réalisateur.
Avec ce doc sur un rock psychédélique, un univers noir et sonorement agressif, et grâce à un montage à la fois rythmé mais jamais hystérique, à la façon de certains clips en vogue, on découvre une personnalité aussi énigmatique qu’attachante. Et dont la devise est « Tout est possible.«


