Retour derrière la caméra de George Clooney avec son nouveau film : Bienvenue à Suburbicon, sur les écrans le 6 décembre. Une comédie noire inspirée par un fait divers raciste remontant à 1957.
Bienvenue à Suburbicon est une comédie noire dans l’Amérique des années 50 : l’histoire d’un père de famille qui engage deux baltringues tuer son épouse dans le seul dessein de toucher son assurance-vie et de recommencer sa vie avec la jumelle de sa femme. L’action se passe donc au cours de la décennie qui suit la Seconde Guerre mondiale, quinze ans après l’instauration du G.I. Bill. Par cette loi, les soldats mobilisés durant le conflit pouvaient trouver le financement de leurs études universitaires ou de leurs formations professionnelles et elle aidait aussi l’accès à un logement grâce à plusieurs types de prêts. Une conséquence directe de la loi fut de permettre aux anciens soldats issus des minorités d’avoir accès aux banlieues, autrefois réservées aux personnes aisées et blanches. Ce qui n’empêchait
nullement la ségrégation raciale.
En 1957, un documentaire, Crisis in Levittown, évoqua cette période sombre, comme le rappelle George Clooney : « Il s’agit de l’histoire vraie de l’arrivée de William et Daisy Meyers, la première famille afro-américaine, à Levittown. Le jour de l’emménagement des Meyers, le facteur a pris Mme Meyers pour une domestique et lui a demandé si Mrs Meyers était là. Lorsqu’elle lui a expliqué que c’était bien elle, le facteur s’est mis à sonner chez tous les habitants du quartier pour leur demander s’ils avaient fait la connaissance de leurs nouveaux voisins. Le soir même, près de 500 personnes s’étaient rassemblées devant chez eux pour crier des insultes racistes, accrocher des drapeaux confédérés et brûler une croix sur la pelouse voisine. »
Pour raconter cette histoire très dans la lignée des films des frères Cœn qui évoque « des personnages malchanceux qui prennent de très mauvaises décisions », George Clooney a fait appel à un duo de comédiens solides : Matt Damon et Julianne Moore qui joue donc les jumelles. Elle souligne : « Comme pour n’importe quel rôle, le scénario permet de comprendre ce qui fait leur spécificité : l’usage qu’elles font du langage, la façon dont elles s’expriment. Forcément, elles vont se ressembler physiquement, et il faut donc faire ce qu’on peut pour modifier un peu son apparence, sa physionomie. »
Pour montrer la réalité des choses et le racisme « ordinaire » dans lequel vivait l’Amérique des années 50, George Clooney a intégré à son film des images d’archives tirées du documentaire Crisis in Levittown. Il ajoute : « Les films qui abordent les relations interraciales et le racisme dans les années 50 et 60 se déroulent presque toujours dans le sud. On a l’habitude d’entendre des gens avec l’accent sudiste tenir ce genre de propos, mais pour moi qui viens du Kentucky, il est intéressant de souligner qu’il y a aussi des gens à New York et en Pennsylvanie qui persécutent les minorités. »
Le cinéaste profite aussi de cette sortie pour dire ses colères face à l’Amérique actuelle. Ainsi, dans Paris Match, il lance : « C’est un film en colère qui parle de minorités dans un pays en colère. En ce moment, il y a un nuage noir qui plane sur nos têtes. Pour diriger les États-Unis, nous avons élu quelqu’un qui n’est pas qualifié. Tout cela me rend triste. Trump est un escroc entouré de guignols : le secrétaire au Trésor était auparavant un financier à Hollywood, son maître à penser, Steve Bannon, est un écrivain raté. »
Le succès, on le voit, n’émousse pas l’inspiration d’un réalisateur, acteur et cinéaste américain qui reste un citoyen en colère. Et engagé.

