« L’ÉDUCATION » D’UN JEUNE DÉLINQUANT

LA EDUCACIÓN DEL REY, de Santiago Esteves – 1h36

Avec Matias Encinas, Germán de Silva, Jorge Prado

Sortie : mercredi 22 novembre 2017

À mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Mis au ban de sa famille, le jeune Reynaldo participe à un cambriolage qui tourne mal. En tentant de s’enfuir, il tombe dans le jardin d’un vieux couple. Contre toute attente, le propriétaire ne le dénonce pas à la police mais lui propose un marché. Une relation de confiance fragile s’installe alors entre le jeune homme et son protecteur.

Et alors ?

Tournant ce polar social à Mendoza, la ville argentine de son enfance et de son adolescence, proche de la Cordillère des Andes,  Santiago Esteves a été influencé pour construire ce scénario par les codes de la chevalerie médiévale et des samouraï. Il raconte :  « L’idée de l’éducation d’un futur « roi » était également présente depuis le début du projet. On la retrouve aujourd’hui dans le titre : Rey n’est pas seulement l’abréviation de Reynaldo, cela signifie aussi roi en espagnol. J’aime penser que la relation entre Carlos et Rey est la première d’une série de rencontres à l’origine de la transformation de Reynaldo en un nouveau type de leader. Et j’ai enfin été très inspiré par la réalité contemporaine en Argentine, où il existe de plus en plus de sociétés de sécurité privées, qui multiplient les « forces de l’ordre » dans les rues. C’est de cette rencontre singulière entre un monde ancien et cette réalité contemporaine qu’ont surgi les premières ébauches du récit. » Ainsi, en s’occupant du jeune délinquant et en ne le livrant pas à la police, Carlos lui enseigne certaines valeurs pour lui permettre, sinon de survivre, du moins de trouver une place dans une société des plus inégalitaires et complètement gangrénée, comme le montre la présence de policiers des plus ripoux.

Reposant sur  la belle alchimie des deux acteurs principaux – Germán de Silva est impeccable dans le rôle du père bougon, ancien transporteur de fonds et  ex-champion de tir -ce film, dont une bonne partie du dénouement est malheureusement prévisible –  est réalisé de belle manière et Santiago Esteves sait créer un certain suspense dans des séquences courtes et rythmées. Le scénario est aussi l’occasion pour lui de nous montrer une certaine réalité de l’Argentine moderne où toute une frange de la jeunesse connaît une « pauvreté structurelle. » Le cinéaste ajoute : « Les mass media ont façonné et popularisé l’image de l’enfant délinquant, ou pibe chorro, les enfants et adolescents des classes défavorisées ont été stigmatisés par cette appellation. Ils n’ont aucune protection à attendre de la police : l’histoire du vol auquel participe Reynaldo dans le film est née de plusieurs faits divers similaires dans lesquels c’est la police qui utilise ces jeunes marginaux pour commettre des délits. »

Côté musique originale, Mario Galván réussit à accompagner intelligemment le récit en utilisant la guitare électrique comme instrument principal et en jouant sur des rythmes latinos. Prenant sans être bouleversant d’originalité.

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