VAN GOGH S’ANIME BIEN

LA PASSION VAN GOGH, de Dorota Kobiela, Hugh Welchman – 1h34

Avec Pierre Niney, Chloé Berthier, Xavier Fagnon

Sortie : mercredi 11 octobre 2017

À mon avis : 4 sur 5

Le pitch ?

Été 1891, Armand Roulin est chargé par son père, le facteur Joseph Roulin, de remettre en mains propres une lettre au frère de Vincent van Gogh, Theo. En effet, la nouvelle du suicide du peintre vient de tomber. Armand n’est pas ravi par sa mission. À Paris, le frère de Van Gogh est introuvable. Le jeune homme apprend alors par le père Tanguy, le marchand de couleurs du peintre, que Theo ne lui a survécu que quelques mois. Comprenant qu’il a sans doute mal jugé Vincent, Armand se rend à Auvers-sur-Oise, où le peintre a passé ses derniers mois, pour essayer de comprendre son geste désespéré. En interrogeant ceux qui ont connu l’artiste, il découvre combien sa vie a été surprenante et passionnée.

2 raisons d’aller voir ce film ?

Une peinture de la vie d’artiste. La vie tragique de l’homme à l’oreille coupée n’a cessé de fasciner depuis sa mort prématurée, des suites d’une tentative de suicide. En jouant sur des retours en arrière, par le truchement de ce messager venu chercher le frère du peintre, Théo, pour lui donner la dernière lettre de Vincent un an après sa mort, Dorota Kobiela et Hugh Welchman raconte le parcours d’un homme qui dédia sa vie à l’art jusqu’à sombrer dans la folie. Dorota Kobiela explique ainsi la genèse de son film : « Je travaillais dans l’animation mais la peinture, que j’avais étudiée pendant huit ans, me manquait cruellement, et je venais de suivre une formation de réalisation dans une école de cinéma. J’ai eu le sentiment qu’il fallait que j’allie ces différentes passions et que je donne un sens à ma vie. J’avais besoin de trouver ma propre voie. Je me suis mise à chercher des sujets de courts métrages et une idée s’est imposée à moi : il fallait que je réunisse mon désir de peindre et ma passion pour le cinéma et que je réalise un film de « peinture animée ». A l’époque, j’étais profondément marquée par les lettres de Vincent Van Gogh adressées à son frère Theo : ce sont elles qui ont été le premier déclencheur du projet ; le second a été la découverte de ses toiles. Je me suis rendu compte qu’il avait abordé de nombreux thèmes différents qui pouvaient facilement donner lieu à un récit. Dans ses tableaux, on voit où il a vécu, qui étaient ses interlocuteurs, où il passait son temps. J’ai décidé de consacrer un court métrage à ses derniers jours – jusqu’à ce moment fatidique où il s’est tué. C’était il y a huit ans et à l’époque, je n’imaginais même pas que mon court métrage puisse prendre l’ampleur qu’il a aujourd’hui. »

Alors certes, le récit de cette vie est construit de manière classique et les amateurs d’art la connaissent par le menu, mais il rend bien compte des difficultés de vivre d’un artiste maudit qui, de son vivant, ne vendit qu’une seule toile alors que ses œuvres battent aujourd’hui tous les records dans les salles de vente.Une mise en scène bourrée d’imagination. Ce qui fait la différence avec ce classicisme de la narration, c’est la mise en images, d’une beauté étonnante. Le pari était ambitieux. En effet, c’est le premier long métrage entièrement peint à la main. Car chacun des 62 450 plans du film est une huile peinte à la main par 90 artistes professionnels venus du monde entier pour participer au projet réalisé aux studios Loving Vincent, situés en Pologne et en Grèce.

La Passion de Van Gogh a ainsi été tourné comme un film en prises de vue réelles avec des vrais acteurs et ensuite, chaque plan a été peint à l’huile. Au final, le spectateur découvre un film construit sur un mélange entre le jeu des comédiens en chair et en os et le travail des peintres-animateurs qui se sont inspirés au plus près des tableaux de Van Gogh. Un travail qui a pris aux peintres une année entière : in fine, on retrouve dans ce film 94 toiles du maître et 31 autres reproduites en grande partie ou partiellement.

Ce film – qui joue sur le contraste réussi entre les plans en noir et blanc sur la jeunesse du peintre et ceux qui débordent de couleur – donne l’impression que l’univers du peintre renaît de ses toiles. En prime, Clint Mansell (remarqué pour son travail sur Requiem for a Dream en 2001) signe une bande originale (*)  qui colle parfaitement au récit.

(*) Disque Milan Music

 

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