STUPID THINGS, d’Amman Abbasi – 1h15
avec Devin Blackmon, Kordell « KD » Johnson
Sortie : mercredi 27 septembre 2017
À mon avis : 4 sur 5
Dayveon a 13 ans, et un grand frère mort trop tôt. Dans la chaleur étouffante estivale de sa petite ville de l’Arkansas, il traine sa mélancolie sur son vélo. Lorsqu’il intègre le gang local, les Blood, c’est à la fois la violence de ce monde et de nouveaux liens d’amitié qui font irruption dans sa vie…
Pourquoi ce film surprend ?
Premier long métrage d’Amman Abbasi, ce film resserré de 75 minutes prouve que ce cinéaste de 28 ans à peine fait partie des artistes à suivre. D’autant plus qu’Amman Abbasi a tout fait ou presque dans cet opusqu’il a écrit, réalisé, monté, produit avant d’en composer la musique. Musicien déjà reconnu aux États-Unis, il fait, à travers le portrait de ce jeune Noir marqué par la mort de son frère une chronique sociale non dénuée d’un certain lyrisme poétique et sans jamais sombrer dans le pathos ou une vision esthétique de la misère. Il a nourri son scénario d’évènements dont ils avaient entendu parler quand il s’est installé avec sa famille d’origine pakistanaise dans une banlieue pauvre de Little Rock en Arkansas.
Plus tard, il a travaillé avec les frères Brent et Craig Renaud, tous deux réalisateurs de documentaires primés, sur un projet de film touchant aux gangs de Chicago. Amman Abbasi souligne : « C’est à Chicago, quand je parlais avec des gamins, que j’ai commencé à assembler des petites bouts d’histoire qui me permettraient de raconter une histoire de gang plus nuancée, ne tournant pas seulement autour des crimes. Je voulais me concentrer sur la notion d’appartenance, l’amitié et les différentes sortes de personnes qui composent un gang. »
Tournant en collaboration avec les acteurs, dont certains font même partie de gangs ou sont liés au Blood, Amman Abbasi s’attache à traduire le désœuvrement et des vagabondages de Dayveon, une manière astucieuse de décrire, sans forcer sur le trait, la réalité sociale de cette Amérique profonde. On ne peut qu’être bluffé par le jeu de Devin Blackmon qui, à 13 ans à peine, s’est glissé magnifiquement dans la peau du personnage principal. Il dit : « Je devais étudier le rôle tous les soirs. J’avais du mal à rentrer dedans, mais Amman m’a dit : “Reste toi-même et laisse le personnage venir à toi”. Alors je me suis calmé et j’ai commencé à me mettre dedans. »
Jouant sur le contraste entre la dureté de la vie et la douceur et la beauté naturelle – les scènes de promenades en vélo sont très belles – le cinéaste joue très bien sur le choc de la lumière et des ombres des atmosphères nocturnes beaucoup plus inquiétantes. Avec la présence au cœur de l’histoire de Kim, le seul personnage féminin du film, et qui apporte, symboliquement, un lieu de calme dans ce récit sur une adolescence qui se cherche.



