UNE VIE DE GLISSE

KISS & CRY, de Lila Pinell et Chloé Mahieu – 1h18

Avec Sarah Bramms, Xavier Dias, Dinara Droukarova

Sortie : mercredi 20 septembre 2017

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Sarah, 15 ans, reprend le patin de haut niveau au club de Colmar, sans trop savoir si elle le fait pour elle ou pour sa mère. Elle retrouve la rivalité entre filles, la tyrannie de l’entraineur, la violence de la compétition. Tandis que son corps est mis à l’épreuve de la glace, ses désirs adolescents la détournent de ses ambitions sportives…
Ce qui touche dans ce film ?
Venues du documentaire, Lila Pinell et Chloé Mahieu signent ici une fiction en forme de biopic après avoir réalisé en 2010-2011 le remarqué Nos fiançailles, qui racontait les amours de jeunes catholiques intégristes et avait remporté le Grand Prix France du festival de Brive et une étoile de la SCAM 2013.
La même année, elles avaient signé pour une collection d’Arte  Boucle piqué, un court métrage sur un groupe de jeunes championnes de patin à glace. « Le cadre du tournage était un stage sur glace organisé par Xavier, l’entraîneur dans Kiss & Cry, auquel participait une dizaine de jeunes filles âgées de 10 à 13 ans, toutes patineuses de haut niveau déjà. » C’est cette histoire qui les a poussées à réaliser ce film qui mêle biopic et fiction avec Sarah Bramms dans le rôle principal. Lila Pinell poursuit  : « L’univers du patinage artistique est très inspirant : paillettes, compétition, complicité, violence… C’est ce documentaire qui nous a donné envie de passer à la fiction. Des possibilités de cinéma très excitantes s’offraient à nous, sur l’adolescence, sur la manière dont on a envie de s’affranchir des contraintes quand on est adolescent, sur le rapport entre le désir des adultes et celui des enfants. »

Mêlant avec bonheur documentaire et fiction sur le parcours de cette adolescente douée mais rebelle – on ne peut qu’être étonné par le jeu de Sarah Bramms – ce film montre avec justesse le parcours de combattante qu’impose une telle discipline. Et comment l’entraîneur, Xavier, dirige ses troupes d’une main de fer et peut lancer des formules assassines, du style « On ne peut pas sauter quand on est une bonbonne de gaz ! » On mesure aussi la dureté de cet univers, le nombre de sacrifices consentis par les familles en voyant une mère fondre en larmes en expliquant à l’entraîneur que sa fille ne pourra plus jamais patiner selon l’avis des médecins, suite à une fracture.

Plus qu’un « simple » film sur le patinage – même si les scènes de rêve montrent bien les fantasmes des sportives de tout âge – cet opus est aussi un coup de projecteur sur la jeunesse d’aujourd’hui avec les incursions de la caméra dans la vie des familles, dans les relations intimes de ces adolescents qui partagent tout sur Internet, via les réseaux sociaux et ont parfois des discussions très crues. Conclusion de Lila Pinell : « On trouvait ça intéressant de filmer ces jeunes filles, qui rêvent de la jeunesse d’aujourd’hui, mais qui sont finalement un peu out. Les choix sportifs qu’elles ont faits les enferment un peu, certaines sont un peu en retard par rapport à l’évolution d’une fille à la vie « normale ». Avec la technologie actuelle, la principale différence avec notre époque, c’est que tout est beaucoup plus rapide : avec Snapchat, les selfies qui circulent, on s’expose à beaucoup plus de gens, ce qui est particulièrement difficile à gérer lorsqu’il y a des dérapages ».

Pour l’anecdote, Kiss & cry est l’endroit où, après avoir terminé leur programme, les patineurs attendent les résultats donnés par le jury.

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