A ma droite, Barbara, de Mathieu Amalric. À ma gauche, Le Redoutable, de Michel Hazanavicius. L’un sort le 6
septembre. L’autre le 13. Et le 20 septembre, les spectateurs retrouveront Vincent Cassel en mode peintre bohème dans Gauguin – Voyage à Tahiti, d’Edouard Deluc. Décidément, le biopic se porte bien, mais l’on peut trouver l’exercice un brin fastidieux.
Dans Barbara, Mathieu Amalric signe un portrait décalé de la Dame brune, telle que la célébra en chanson Moustaki. Sur le papier, l’idée est originale : il fait jouer à Jeanne Balibar – qui mise sur la ressemblance à fond- une actrice qui doit camper Barbara. Quant à l’acteur-réalisateur, il incarne un… réalisateur qui mêle des extraits d’images d’archives sur la vraie chanteuse aux séquences de fiction pour jouer sur une (très littéraire) mise en abime. Pour autant, les amoureux de la créatrice de Nantes peuvent préférer réécouter l’artiste, ou la revoir jouer dans le Frantz, de Jacques Brel, qui capta bien des émotions de la dame, plutôt que de laisser tenter par ce biopic.
Du côté de Michel Hazanavicius, il a réussi à convaincre Anne Wiazemsky de tirer un film du livre qu’elle a composé sur ses années Godard – elle l’épousa à la fin des années 60 – au moment où les artistes de la Nouvelle Vague vont se radicaliser politiquement. En se glissant dans les pas de Godard dans Le Retoutable, Michel Hazanavicius a opté pour des couleurs qui fleurent bon les années pop. Et Louis Garrel campe avec brio un Godard arrogant, cynique qui tente de faire oublier le Godard qu’il fut avant les évènements de main 68, au moment de la sortie de son film, La Chinoise. Confidences du cinéaste : « Et j’aime que le mot puisse s’entendre de façon à la fois positive et négative : dire de quelqu’un qu’il est redoutable, cela peut être aussi bien un compliment qu’un reproche. »
La quête d’un idéal impossible de Godard, un artiste tourmenté s’il en est, peut-elle se résumer dans un tel biopic ? La question peut se poser.
Édouard Deluc a choisi, lui, un autre prisme pour nous replonger dans la vie de Gauguin. Il raconte les périples du peintre lors de son premier voyage à Tahiti où l’artiste sans le sou tente de vivre le dénuement au plus près de la nature pure. Avec l’histoire d’amour qui lie Gauguin et la belle Tehura, Édouard Deluc pose dans sa fiction bien des questions autour de la condition d’artiste.
Trois films, trois biopics. On peut trouver l’exercice intéressant. On peut aussi être un peu lassé par ce genre à la mode s’il n’y a pas une vraie originalité dans le traitement comme ce fut le cas avec I’m Not There, où Todd Haynes revisitait la vie de Dylan en le faisant incarner par plusieurs acteurs, notamment l’étonnante Cate Blanchett, qui se métamorphose de façon remarquable. Cela peut aussi être intéressant quand le biopic évoque des figures disparues il y a longtemps – c’est le cas de Gauguin – car l’évocation ne bride pas notre imaginaire. Trop souvent dans un tel genre cinématographique, on commente la performance de l’acteur pour revenir au modèle original, bien difficile à restituer sur grand écran. Avis aux amateurs donc…
