Avec Les Proies, remake du remarquable opus de Don Siegel, sorti en 1971 avec Clint Eastwood dans le rôle du soldat blessé, Sofia Coppola mise sur les femmes. A juger sur pièces le 23 août.
On se souvient de l’histoire qui avait permis à Don Siegel de réaliser un drame en forme de western qui tenait en haleine de bout en bout et était centré sur le personnage du soldat blessé. Le pitch ? En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.
En optant pour signer le remake de ce film tiré du roman du même nom écrit par Thomas P. Cullinan Sofia Coppola reste fidèle à sa ligne principale d’inspiration depuis Virgin Suicides (1999) ou Marie-Antoinette (2006) : raconter du point de vue des femmes, ici du côté des personnages campés par Nicole Kidman et Kirsten Dunst. Elle souligne : « Don Siegel adoptait un point de vue masculin. J’ai tout de suite su que je pouvais m’approprier le sujet pour y apporter quelque chose en plus. Les jeux de pouvoir et de séduction m’interpellent en général.«
Plongeant pour la première fois dans le 19ème siècle, la réalisatrice a voulu que sa reconstitution de l’époque ne souffre pas de critiques. Pour ce faire, elle a fait appel à un passionné de cette période historique pour superviser certaines séquences et qui a ainsi appris à Nicole Kidman comment on faisait des bandages et montré à tout l’équipe comment faire les travaux manuels, notamment les techniques de broderie. Sofia Coppola ajoute : « Quand le papier est venu à manquer, les gens ont commencé à écrire dans les marges des livres… Nous avons lu des livres de bonnes manières datant de cette époque. Nous avons appris, par exemple, qu’une femme n’était pas censée accepter un compliment, parce que ça donnait libre cours à sa vanité. La bienséance féminine devait être mise en avant, mais ces femmes en ont assez qu’on leur marche sur les pieds… »
Dans ce travail de reconstitution, elle s’est aussi inspiré d’images de l’époque de la guerre de Sécession mais aussi de photos de William Eggleston de jeunes femmes entre elles, datant des années 1970. Enfin, pour obtenir un grain d’images particuliers, elle a choisi avec Philippe Le Sourd, son directeur de la photographie, de tourner avec de la vraie pellicule et des objectifs anciens. Elle conclue : « Je voulais une image douce, diaphane, mais aussi inondée de soleil, imprégnée de la chaleur ambiante, avec beaucoup de fumée. »
Reste à savoir si cette version fera oublier la puissance de la première dans laquelle Eastwood avait un beau rôle de soldat séducteur.

