Dernier tour de piste pour Jerry Lewis : l’humoriste vient de mourir 91 ans à son domicile de Las Vegas. Retour sur le parcours d’un humoriste fou.
Né Joseph Levitch à Newark (New Jersey), le 16 mars 1926, dans une famille juive d’origine russe, Jerry Lewis faisait partie de ces comédiens qui n’avaient jamais perdu le goût de l’enfance et de ses folies. Paraphrasant le célèbre vers de Rimbaud, Jerry Lewis aimait dire : «On n’est pas sérieux lorsqu’on a perpétuellement neuf ans». Il est vrai, ce fils de deux artistes de music-hall – il
l’appelait « Monsieur Néon » – était un vrai enfant de la balle.
Lewis s’est fait, au cours de sa si longue carrière, une spécialité : celle de se déguiser, de camoufler sa haute taille en se jouant de tous les artifices : faux nez, fausses dents, lunettes de savant fou… Un génie du travestissement et du dédoublement qui va trouver son apogée dans Docteur Jerry et Mister Love, qui reste aujourd’hui un modèle de son humour déjanté.
Une rencontre a marqué à jamais sa carrière : celle avec le chanteur Dean Martin, croisé en 1946, et avec lequel il formera un savoureux duo. Suite à leur passage en 1948 au déjà célèbre Ed Sullivan Show, le duo va décrocher un premier film avec la Paramount, Ma bonne amie Irma. Dix années durant, Dean et Jerry vont séduire un large public avant de décider de faire carrière chacun de son côté.
Jerry tourne alors souvent sous la direction de Frank Tashlin (Le Kid en kimono, Cendrillon aux grands pieds). Quand il devint professeur de cinéma à l’Université de Californie du sud, l’artiste passe alors de l’autre côté de la caméra pour signer Ya, Ya, mon général, en hommage à son maître, Charlie Chaplin, sur son thème favori du double. Après une éclipse d’une décennie au cinéma, Jerry Lewis est revenu au premier plan en 1983 grâce à Martin Scorcese qui lui offre un rôle dramatique dans La Valse des pantins, et Emir Kusturica qui le fait tourner dans Arizona Dream.
S’il savait si bien jouer l’idiot de la famille, Jerry Lewis était aussi un homme de cœur : ce père de sept enfants était en première ligne quand il s’agissait de s’occuper des handicapés physiques et mentaux.
Il reste aux amateurs de ce doux dingue à attendre 2025 (la date choisi par l’auteur lui-même) pour découvrir son film « maudit », Le Jour où le clown pleura, victime d’une lourde procédure, et qui a été déposé à la Librairie du Congrès à Washington. Se déroulant en Allemagne sous le nazisme, ce film raconte l’histoire d’Helmut le magnifique – un rôle tenu par Jerry lui-même – un clown célèbre mais déchu, qui est en pleine amertume et injurie Hitler après ses beuveries. Arrêté et déporté, il va redevenir clown pour un groupe d’enfants juifs.
On le voit, le cinéma a perdu un homme qui savait dissimuler ses émotions derrière un rire libérateur et des folies adolescentes.
