LE VOYAGE DE LA DERNIÈRE CHANCE

ANA, de Jacques Toulemonde Vidal

Avec Juane Acosta, Kolia Abiteboul, Bruno Clairefond

Sortie : mercredi 5 juillet 2017

Je vote : 3 sur 5

Le pitch ?

Paris. Anna, lutte au quotidien contre ses démons. Entre fragilité psychologique et excentricité, son ex-mari estime qu’elle ne peut plus s’occuper de Nathan, leur fils de 10 ans. Anna rêve alors d’une nouvelle vie, plus libre et audacieuse. Elle décide brutalement de retourner en Colombie, son pays natal, avec son petit ami et Nathan. Tout lui semble possible.

Et alors ?

Avec ce premier long métrage, Jacques Toulemonde Vidal filme le parcours d’une femme dont la bipolarité et la déprime profonde conduisent le père de son fils à lui en retirer la garde. Retournant en Colombie en enlevant son fils,  elle tente alors de repartir sur des bases nouvelles en compagnie de son compagnon. Avec ce scénario, le réalisateur qui a fait ses armes cinématographiques en Colombie, tourne une histoire qui a des résonances autobiographiques. Il raconte : « J’ai toujours vécu avec des personnes atteintes de cette maladie, pour ainsi dire. Une de ces personnes a eu une grosse crise et a été internée pendant trois mois en HP. On parle de la psychiatrie comme d’une science, mais la vérité est que c’est plutôt une technique d’essais et d’erreurs avec des méthodes souvent médiévales. Cette personne a littéralement reçu des électrochocs et des thérapies de choc qui l’ont détruite. Quand elle est sortie de l’hôpital, elle ressemblait à un fantôme. Elle n’avait plus aucune volonté, aucune capacité de décision, tout lui faisait peur et l’angoissait. C’est à ce moment-là que je l’ai comprise. Sa condition, qui la rendait, par moments, dangereuse pour elle-même et pour son entourage, était aussi ce qui la rendait magique et superbe. Et j’ai décidé d’écrire un film sur elle. »



Une des forces de cet opus, c’est de ne jamais donner de leçon de morale mais de tracer le portrait d’une femme qui sombre par moment, passant d’une exubérance la plus grande à une forme de prostration. Pour jouer un tel personnage, il fallait une actrice qui « assure ». C’est le cas avec Juana Acosta qui interprète brillamment cette femme à la psyché tourmentée, aussi sensuelle que fragile et éclatante quand elle se met à danser sur une cumbia de son pays. D’elle, le réalisateur dit :  « C’est un métronome capable de reproduire les mêmes gestes d’une prise à l’autre, alors que mon approche de la direction d’acteurs est plus basée sur l’improvisation. »

Au fur et à mesure, on la découvre à travers son regard et celui des autres, notamment celui d’un compagnon un peu effacé et que l’on sent pas très solide non plus. Et puis, il y a le fils, très bien campé par le jeune Kolia Abiteboul repéré dans Sous le même toit, et qui apporte une touche de naïveté dans cette tranche de vie dramatique.

Film d’amour décliné sur tous les tons, Anna joue sur des émotions vraies,  jamais décrites avec lourdeur.

 

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