Mort en 2007, et âgé seulement de 59 ans le cinéaste taïwanais Edward Yang avait été repéré dans le monde par Yi Yi, qui décrivait de manière très sensible la vie d’une famille de Tapei. Un inédit restauré, Taipei Story, tourné en 1985, montre que cette ville reste au cœur de l’inspiration du cinéaste.
Taipei Story est l’histoire d’un couple mais aussi celle d’une ville. Le pitch du film d’Edward Yang ? Lung, ancien joueur de base-ball sans véritable ambition professionnelle, et Chin, secrétaire au sein d’un cabinet d’architectes, se connaissent depuis de nombreuses années. Le sentiment qu’ils éprouvent l’un pour l’autre est un mélange d’amour et d’affection profonde, aux contours flous. Mais le licenciement brutal de Chin va bientôt fissurer leur couple et compromettre leur projet de vie commune… Dans ce deuxième long métrage, en travaillant avec Hou Hsiao-Hsien, son compatriote et proche collaborateur (qui tient le rôle principal), Edward Yang jouait avec les thèmes fondamentaux de son œuvre : à la façon d’un Antonioni, le cinéaste, en décrivant la désintégration d’un couple, dresse en toile de fond le portrait désenchanté d’un pays en proie à de profonds bouleversements. Car là où un Hou Hsiao-Hsien filme la situation des campagnes de Taïwan, Edward Yang s’attaque plutôt à la ville, symbole de la transition vers la modernité.
Restant à hauteur d’homme pour mieux capter l’intime, les fêlures intérieures, la caméra du cinéaste montre comment, derrière une apparence paisible, le monde a évolué d’une manière qui heurte l’auteur.
Bref, cet inédit mérite vraiment de susciter la curiosité du spectateur. Et nous rappeler la vivacité de tout un cinéma venu d’Extrême Orient.


