L’HISTOIRE OFFICIELLE, de Luis Puenzo – 1H52
Avec Norma Aleandro, Héctor Alterio
Sortie (en version restaurée 4K et en DVD) : mercredi 4 octobre 2016
Je vote : 4 sur 5
Le pitch ?
1983 – Alicia, professeur d’histoire dans un lycée de Buenos Aires, mène une vie tranquille et bourgeoise avec son mari et la petite Gaby qu’ils ont adoptée. Dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée, elle a toujours accepté « la version officielle » jusqu’au jour où le régime s’effondre. L’énorme mensonge se fissure, et Alicia se met à suspecter que Gaby pourrait être la fille d’un « disparu ». Débute alors un inexorable voyage à la recherche de la vérité, une quête dans laquelle Alicia pourrait bien tout perdre.
Pourquoi voir et revoir ce film ?
Un Prix d’interprétation féminine à Cannes en 1985, l’Oscar du Meilleur film étranger en 1986, doublé du Golden Globe du Meilleur film étranger la même année : L’Histoire officielle est un opus qui avait, à sa sortie, marqué les esprits en donnant un coup de projecteur sur les années sombres de la dictature argentine et le « don » d’enfants de « disparus », ces opposants torturés et exécutés, par les amis du régime à des proches. A l’époque, Luiz Puenzo a commencé à tourner en 1983, l’année de la chute de la dictature mais a dû interrompre
son film à cause de menaces. Il raconte : « On approchait déjà de la fin du tournage quand les menaces ont commencé à tomber. La petite Ananlia, qui jouait Gaby, rentrait à la maison tous les soirs en voiture. Un soir, alors que la mère arrivait à la maison avec la fillette endormie dans ses bras, elle a été menacée par des types qui voulaient qu’elle renonce au film. Ils l’ont attrapée par le cou et plaquée conte un mur. On a suspendu le tournage. On a annoncé qu’on avait terminé le film. Et on a continué quand on pouvait, comme on pouvait, presque clandestinement, en changeant les lieux de tournage, en filmant avec une équipe réduite. »
Finalement, deux ans après, ce récit qui dénonce une des nombreuses turpitudes du régime des sbires du général Videla, et ce, avec la complicité d’une bonne partie de la hiérarchie catholique, a pu sortir. Y compris en Argentine, le 3 avril 1985, où il démarra doucement pour finir par ne plus être diffusé que dans une salle à Bueños Aires. Le succès à Cannes où Norma Aleandro obtint pour sa prestation d’une grande sensibilité un Prix d’interprétation féminine (qu’elle partagea avec Cher pour son rôle dans Mask) redonna un coup de fouet à la carrière de L’Histoire officielle, devenant alors numéro 1 du box argentin.
Avec le temps, et grâce à une restauration très réussie, le film n’a pas pris une ride et il montre bien comment toute une couche de la bourgeoisie argentine a, par son silence, criminellement soutenu un régime de tortionnaires. Il y a ainsi la scène très forte où Alicia écoute sa meilleure amie lui raconter comment elle fut torturée et placée sous la « protection », tarifée, d’un gradé. Celle encore où son mari chasse de leur appartement la grand-mère de la petite fille disparue. D’autres moments sont encore très justes, notamment la séquence du dîner en famille où les blessures du clan apparaissent en plein jour dans un banal échange de propos dominicaux.
Une histoire forte, très bien jouée et qui a l’immense mérite de raconter ce que fut l’Argentine de Videla.
(*) Disponible chez Pyramide Vidéo

