TRUMAN, de Cesc Gay – 1h46
Avec Ricardo Darin, Javier Cámarra
Sortie : mercredi 6 juillet 2016
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Le pitch ?
Julian, un madrilène, reçoit la visite inattendue de son ami Tomas qui vit au Canada. Ils sont loin de se douter qu’ils vont passer avec Truman, le chien fidèle de Julian, des moments émouvants et surprenants…
Parler de la mort sans perdre le sens de l’humour et en évoquant un homme atteint d’un cancer qui se préoccupe de la garde de son chien, le bon vieux Truman, ce n’est pas la manière la plus mélancolique d’évoquer la faucheuse. Avec un sens consommé des histoires insolites, Ces Gay
signe une histoire tout à fait originale et tendre. Les retrouvailles entre deux vieux amis castillans, dont l’un revient spécialement du Canada pour convaincre son ami comédien de poursuivre les traitements alors que celui-ci a décidé de tout arrêter, sont prétexte à bien des séquences où, sans jamais tomber dans le pathos, l’émotion jaillit au coin d’une réplique, d’une situation. A la manière de Nanni Moretti, dans Mia Madre, Cesc Gay a nourri son scénario, mais sans jamais tomber dans le registre dramatique, de sa propre expérience de la disparition de sa mère. Il raconte : « C’est sans aucun doute cette expérience qui m’a poussé à parler de ce que je venais de traverser. C’était peut-être un peu osé de ma part, mais j’avais besoin d’expliquer ce que j’avais vu et ressenti durant cette période« , confie-t-il. « Les mois suivants, je me suis retrouvé à tenir un journal sur lequel je reportais chaque situation, chaque réaction et chaque émotion vécue par ma mère, par moi, ma famille ou mes amis tout au long de la maladie et de son inéluctable issue ».
Pour tenir un tel film de bout en bout, il fallait trouver deux comédiens capables de ciseler cette histoire d’amitié virile, en ménageant de la tendresse et des larmes retenues, mais sans jamais céder à la facilité. Javier Cámara et Ricardo Darin forment un duo parfait en retrouvant un cinéaste avec lequel ils avaient déjà tourné dans Les Hommes ! De quoi parlent-ils ?
Campant le comédien malade et se sachant condamné, Ricardo Darin a une économie de jeu et une finesse qui font mouche dans bien des scènes, qu’il s’énerve quand son corps commence à le lâcher ou qu’il donne une simple accolade d’adieu à son fils lors d’une escapade à Amsterdam. Ricardo Darin, un comédien philosophe qui ne s’en laisse pas conter malgré sa notoriété, et déclare évoquant son envie de passer derrière la caméra : « Il faut du temps pour devenir comédien, surmonter de nombreux obstacles. Or aujourd’hui, on peut devenir célèbre sans aucun talent. C’est déprimant ! Moi, j’ai eu beaucoup de chance, on m’a toujours offert de beaux rôles. J’aimerais maintenant être la main qui se tend »
En Espagne, Truman a reçu cinq Goya, l’équivalent de nos César) : des récompenses amplement méritées pour un film aussi drôle qu’émouvant.


