CHORUS, de François Delisle – 1h36
avec Fanny Mallette, Sébastien Ricard, Pierre Curzi et Geneviève Bujold
Sortie : mercredi 20 janvier 2016
Je vote : 4 sur 5
Le jour où leur fils a disparu, un après-midi après l’école, la vie d’Irène et Christophe s’est brisée. Chacun de son côté a survécu à sa façon, lui au Mexique, elle, en reprenant sa carrière au sein d’une chorale. Dix ans après, un appel de la police va les contraindre à se retrouver…
Et alors ?
Voilà la première belle et forte surprise de l’année 2016 avec ce drame en noir et blanc, le sixième long métrage de François Delisle que la France découvre aujourd’hui. Il n’était pas évident de faire une histoire sur le deuil de parents écartelés par l’absence sans tomber dans le pathos, ni évoquer la pédophilie sans tomber dans le déjà-vu, le moralisateur, voire le racoleur. François Delisle y parvient magistralement dans ce film aux magnifiques images en noir et blanc qui confèrent aux paysages de neige de Montréal un côté aussi mélancolique qu’oppressant. Et donne au visage – les gros plans très expressivifs sont splendides –
une grande force expressive. Le cinéaste explique qu’il a fait ce choix « dès le départ, mais de manière inconsciente. » Et d’ajouter : » C’est- à- dire que je ne me disais pas que cela allait être en noir et blanc, mais que je voyais les scènes telles qu’elles sont dans le film final, ce qui est assez étrange. C’est possiblement que je ne voulais pas m’avouer à moi-même que j’allais revenir au noir et blanc. Après avoir écrit la dernière version du scénario, je suis tombé presque par hasard sur des images du photographe américain Mark Steinmetz et je me suis dit qu’elles correspondaient à l’atmosphère du film. Ce sont des images peu contrastées, où les nuances de gris prennent le pas sur le noir et le blanc. Comme j’ai moi-même fait les images du film et que j’ai aussi fait l’étalonnage, j’ai eu le plein contrôle sur ces aspects de la réalisation. »
Une des forces du film, c’est de ne jamais appuyer le trait. Quand les parents s’effondrent devant la situation, c’est montré dans le mouvement, sans jamais en rajouter. Un détail – le plan sur le préservatif usagé – en dit plus long qu’un long discours misant sur l’émotion pour l’émotion. Et l’évocation du pédophilie – le plan-séquence d’ouverture est d’une rare puissance – a d’autant plus de force qu’elle reste à distance. Il est, tout au long du récit, plutôt affaire de suggestion que de persuasion. Et à travers l’histoire d’un deuil subi, le film raconte avec une infinie subtilité et une grande intelligence comment vivre, c’est parfois survivre et accepter de perdre. Magnifiquement joué, le récit est porté aussi par une bande musicale qui n’est jamais envahissante ni placée en forme de gadget sonore.
C’est puissant, fort et émouvant. A voir de toute urgence.


