TOTO ET SES SŒURS, d’Alexander Nanau – 1h34
Documentaire
Sortie : mercredi 6 janvier 2016
Je vote : 3 sur 5
Au cœur d’une famille rom en pleine désintégration à Bucarest, émerge la figure de Totonel, 10 ans, dit Toto. Avec passion il apprend à lire, écrire et danser. Surtout danser et gagner le grand concours de Hip Hop. Au milieu du chaos quotidien, ses deux sœurs essayent de maintenir le mince équilibre de la famille alors que leur père est parti et leur mère est en prison.
Et alors ?
Après avoir obtenu de la mère des enfants, détenue dans une prison de Bucarest, l’autorisation de filmer ses enfants au quotidien, Alexander Nanau a pris le parti de filmer en direct, en se situant au plus près des enfants et sans jamais que les protagonistes du récit ne regardent l’objectif, et sans jamais non plus s’autoriser une voix off. Tout cela confère à ce doc une grande force d’autant plus que le documentaire social peut parfois basculer vers le film d’action avec les images de la police débarquant de nuit et armée jusqu’aux dents. Ou dans des moments plus angoissants quand l’oncle de Toto s’enfonce un clou dans le cou…
C’est en faisant des repérages pour tourner un documentaire commandé sur les roms qu’Alexander Nanau a choisi de s’intéresser aux enfants comme il le raconte : « Je me suis projeté à 8 ou 9 ans à leur place, sans aucune chance d’en sortir. Et peu à peu m’est venue l’idée de faire un film sur eux, et leurs perspectives à un âge où on commence à espérer de la vie plus que ce que le hasard de la naissance offre. »
De fait la situation de ces enfants est terrible. D’après le rapport du commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, suite à sa visite en Roumanie en 2014, 40% des enfants roms ne seraient pas correctement alimentés et environ 6 000 enfants roumains vivraient dans la rue.
Enregistrant hauteur d’homme la vie de Toto et sa famille qui manque de tout, Alexander Nanau ne tombe jamais dans la complaisance et capte même quelques raisons d’espérer dans le parcours de Toto. Commentaires du cinéaste : « En dépit de leur environnement, ils développent de fortes personnalités. Ils survivent. Les choses m’ont été données par hasard, je n’ai rien provoqué. L’aspect « conte de fée », avec le déménagement à l’orphelinat, la performance de Toto au concours de hip-hop, tout cela n’était pas prémédité. »
C’est cette leçon de vie, non dénuée d’humour, malgré un tel contexte, qui fait la force d’un tel documentaire.



