CHANT D’HIVER, de Otar Iosselliani – 1h57
Avec Rufus, Amiran Amiranashvili, Pierre Etaix, Mathias Jung, Mathieu Amalric, Tony Gatlif
Sortie : mercredi 25 novembre 2015
Je vote : 3 sur 5
Certaines ressemblances sont troublantes… Ainsi celle de ce vicomte guillotiné, pipe au bec, pendant la terreur, d’un aumônier militaire au torse tatoué comme un truand et baptisant à la chaîne des militaires, pilleurs et violeurs, avec un clochard parisien réduit à l’état de planche par un rouleau compresseur et finalement d’un concierge lettré – mais aussi trafiquant d’armes – d’un gros immeuble…
Ce qui touche dans ce film ?
Le goût du paradoxe. Otar Iosseliani n’est pas un cinéaste de la banalité mais un artisan qui cultive le paradoxe comme le coq à l’âne. Ce scénario en est une preuve de plus tant le spectateur va d’étonnement en étonnement dans un récit qui le conduit de la Révolution française à un terrain de guerre du côté de l’ex-URSS en passant par Paris, le tout étant prétexte à voir surgir d’étranges personnages, du concierge lettré aux trafiquants d’armes en passant par des clodos musiciens. Dans ce récit décalé, il y a des moments forts comme la séquence sur des soldats pilleurs et soulards qui semblent sortis d’un reportage sur le conflit géorgien.
Mais, Otar Iosseliani tient à nuancer : Ce n’est pas la guerre en particulier, celle qui par exemple a opposé les Géorgiens aux Russes, mais la guerre en général, la guerre comme parabole, la guerre éternelle, infatigable, increvable si j’ose dire, pendant laquelle se succèdent fatalement des épisodes épouvantables: meurtres, pillage, viols. Qu’est-ce qu’ils volent mes soldats minables ? Justement des choses qui leur ressemblent, des objets misérables : des matelas, des tapis, des pots de chambre, des jouets d’enfants. Pour moi le pillage, le viol, sont toujours la quintessence de ce phénomène indestructible qu’on nomme la guerre. »
Malgré la présence de comédiens toujours très à l’aise pour incarner des personnages sortant du quotidien – de Rufus à Pierre Etaix notamment – , malgré des vraies idées originales et une mise en scène qui ne manque pas de cachet, l’absence de vraie colonne vertébrale narrative finit par perdre un brin le spectateur en route. Il y a une forme de bricolage sympathique, l’image de ce collectionneur de crânes, dans cette mise en scène, mais cela ne suffit pas à emporter l’adhésion.


