UN POLAR GLAUQUE DANS UNE ESPAGNE BLESSÉE

LA ISLA MINIMA, de Alberto Rodriguez – 1h54

avec Raùl Arévalo et Juan Javier Gutiérrez

Sortie : mercredi 15 juillet 2015

Je vote : 4 sur 5

Rodaje de la pelicula Isla Minima de Alberto Rodriguez Produccion Atipica Films

Quezako ?

Dans l’Espagne post-franquiste des années 1980, deux flics que tout oppose,  sont envoyés dans une petite ville d’Andalousie pour enquêter sur l’assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Au cœur des marécages de cette région encore figée  dans le passé, p et où règne la loi du silence, ils doivent surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.

Et alors ?

Rodaje de la pelicula Isla Minima de Alberto Rodriguez Produccion Atipica Films
Rodaje de la pelicula Isla Minima de Alberto Rodriguez Produccion Atipica Films

En choisissant de situer l’action de son polar dans l’époque dite de « transition démocratique » – ces cinq années qui ont suivi la disparition du général Franco et vu la dictature disparaître – Alberto Rodriguez a eu une riche idée car son film dépasse largement le cadre du polar classique en montrant toute l’ambiguïté de cette période où certains salauds d’hier sont parvenus à se faire oublier.

Une atmosphère lourde qui s’exprime à travers les rapports entre les deux flics. Commentaires du cinéaste : « Ils sont représentatifs de ces « deux Espagnes » dont parlait le poète Antonio Machado, dit le réalisateur. D‘un côté, le vieil agent au passé trouble, formé dans les rangs de la police politique de Franco – sa « Gestapo » (le mot est prononcé dans le film), et de l’autre, le jeune sorti de l’école de police avec des idéaux plein la tête et la démocratie comme étendard. »  Deux flics très subtilement joués par Raùl Arévalo et Juan Javier Gutiérrez. Celui-ci notamment parvient très bien à exprimer les fissures de cet ancien flic du régime qui tente de se refaire une virginité et de retrouver un certain anonymat.

Rodaje de la pelicula Isla Minima de Alberto Rodriguez Produccion Atipica Films
Rodaje de la pelicula Isla Minima de Alberto Rodriguez Produccion Atipica Films

Ce qui est aussi bluffant dans un film qui a raflé les principaux Goyas, ces Césars espagnols, mais aussi gagné le Prix spécial Police au Festival international du film policier de Beaune, c’est la mise en scène splendide. Alberto Rodriguez utilise à merveille le décor de marécage dans laquelle cette micro-société a l’air de s’embourber. Et la séquence d’ouverture avec les vues aériennes confère d’emblée au film un ton particulier.

Un lieu, autre « personnage » du film, qui a encore une résonance politique spécifique comme le souligne le réalisateur :  » « La culture du riz se pratiquait depuis 1926, mais dix ans plus tard c’est un général franquiste, Gonzalo Queipo de Llano, qui l’a rationalisée. La guerre courait depuis un an et il y a vu un moyen de nourrir massivement les troupes rebelles. Pour cela, la terrible ironie est que des centaines de prisonniers politiques républicains furent mis aux travaux forcés pour faire prospérer cette réserve alimentaire. » Et la séquence de poursuite au cœur des marécages sous la pluie est une pure réussite, tant la photographie et le montage lui donnent une grande force.

Au cœur de cette transition démocratique où les ouvriers se réveillent, où les puissants d’hier sont malmenés, ce récit est vraiment le polar de l’été.

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