LE PROCUREUR FACE AUX CRIMES NAZIS

LE LABYRINTHE DU SILENCE, de Giulio Ricciarelli – 2h03

Avec Gert Vos, Alexander Fehling

Sortie : mercredi 29 avril 2015

Je vote : 4 sur 5

 

Quezako ?

Allemagne 1958 : un jeune procureur découvre des pièces essentielles permettant l’ouverture d’un procès contre d’anciens SS ayant servi à Auschwitz. Mais il doit faire face à de nombreuses hostilités dans cette Allemagne d’après-guerre. Déterminé, il fera tout pour que les allemands ne fuient pas leur passé.

Im LabyrinthQue penser du film ?

On peut faire un film de facture classique et qui ne révolutionne pas la mise en scène mais dont le sujet et l’engagement mérite d’être récompensés. En offrant un coup de projecteur inattendu au procès de Francfort, Giulio Ricciarelli en apporte une indéniable preuve.  De 1963 à 1965 en effet, ce procès fit grand bruit : 360 témoins venus de pays différents vinrent à la barre, notamment 211 survivants d’Auschwitz, pour faire le procès de vingt-deux prévenus impliqués dans l’Holocauste. Le procureur Frizt Bauer fut l’initiateur de ce procès.

A travers une fiction inspirée de la vraie histoire, le film réussit, sans trahir la vérité, à restituer le long combat pour la vérité dans un récit qui joue bien sur les coups de théâtre dans une investigation riche en péripéties. Il montre notamment comment le combat du jeune procureur se heurte à une partie de l’administration qui voudrait oublier et d’une population qui avait le_labyrinthe_du_silence_giulio_ricciarelli_@johanna_linktourné la page. Commentaires du réalisateur (ci-contre) : « J’avais du mal à croire qu’autant d’Allemands, dans les années 1950, n’aient jamais entendu parler d’Auschwitz. J’étais persuadé que ce chapitre de l’histoire allemande avait été amplement étudié durant la période d’après-guerre. Mais en réalité, durant les années qui suivirent la fin de la guerre, ce sujet n’a quasiment pas
été traité. Au contraire, la population tentait d’oublier cette sombre partie de l’histoire : ni les victimes, ni les criminels n’évoquaient ce sujet et la majorité des Allemands ne connaissaient pas Auschwitz. Ce chapitre aurait pu tomber dans l’oubli si quatre personnes courageuses – un procureur général et trois jeunes procureurs – n’avaient pas surmonté tous les obstacles pour faire éclater la vérité au procès de Francfort. Ces quatre héros ont changé l’Allemagne à jamais. »Im Labyrinth

La force du film est de montrer sans asséner une leçon et de nous guider dans le labyrinthe d’une telle enquête – le titre du film montre bien l’ambition du cinéaste – et des ramifications des responsabilités. Sa force tient aussi au personnage du procureur, campé avec une belle justesse, y compris dans ses doutes intérieurs, par Alexander Fehling, acteur aperçu dans Inglorious Basterds, et qui, avec une certaine ingénuité, montre bien comment ce jeune homme de loi a fini par permettre à l’Allemagne de faire fasse à son passé et de juger certains tortionnaires qui coulaient des jours heureux.

Cette page d’histoire est donc retracée ici avec un vrai talent.

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