LOST RIVER, de Ryan Gosling – 1h45
Avec Christina Hendricks, Eva Mendes, Reda Kateb
Sortie : mercredi 9 avril 2015
Je vote : 3 sur 5
Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.
Et alors ?
Ryan Gosling n’est ni le premier ni le dernier des comédiens connus à passer à la réalisation. Comme d’habitude, il prend des risques car on l’attend au tournant. De passage à Paris, il n’a pas hésité à braver avec Reda Kateb un parterre de journalistes du monde numérique pour défendre sa première réalisation. Un premier film assez mouvementé et
visuellement barré. Une sorte de conte cruel qui oscille entre fantastique et réalisme le plus saisissant dans le cadre de la banlieue de Detroit, une ville américaine ravagée par la crise. Ryan Gosling souligne : « Dans ma jeunesse, Detroit incarnait d’une certaine façon le rêve américain. Quand j’ai découvert la ville actuelle, j’ai trouvé que la réalité était très différente et plus proche du cauchemar… Fasciné par ce cadre, j’y suis retourné à plusieurs périodes de l’année pour filmer ces lieux et graver quelque chose qui était en train de disparaître. J’ai conservé certains extraits tournés quand j’ai commencé à tourner cette histoire. » Une histoire plutôt très noire en forme de virée nocturne dans une ville soumise aux démolisseurs où la caméra suit une mère et ses deux fils qui tentent, malgré tout, de survivre. « C’est une sorte de conte de fée sombre » poursuit le réalisateur qui ajoute : « Je voulais suivre le parcours de deux adolescents qui se disent que, s’il y a une malédiction pesant sur l’endroit, elle peut être aussi levée. »
Dans une mise en scène baroque, qui doit autant à David Lynch, Brian de Palma qu’à Charles Laughton, en passant par bien d’autres références, Gosling nous entraîne dans un cauchemar éveillé en multipliant aussi les références au théâtre du Grand-Guignol, une ancienne salle parisienne, inaugurée en 1896, et qui était spécialisée dans les pièces mettant en
scène des histoires macabres et sanguinolentes. Ryan Gosling poursuit : « Je me suis effectivement documenté sur ce lieu et sur le « Cabaret de l’enfer », dont le décor de ma boîte de nuit, sa porte notamment, est directement inspirée. »
Ryan Gosling signe avec ce premier film un opus dont le maniérisme est parfois énervant, dont la violence est parfois gratuite et les effets de caméra un brin appuyés, mais qui a un ton. Habile et sachant s’entourer, il a d’ailleurs travaillé avec Benoît Debie, le directeur de la photographie de Gaspar Noé sur Irréversible et qui fait créer un climat onirique en jouant notamment sur les néons. Si l’exercice n’est pas complètement convaincant, que la musique est parfois pesante, Ryan Gosling a déjà le mérite de ne pas laisser indifférent avec ce premier long métrage… Il ne reste plus qu’à attendre la suite.

