BONS À RIEN, Gianni Di Gregorio -1h27
Avec Gianni Di Gregorio, Marco Marzocca, Valentina Cinzia, Daniela Giordano
Sortie : mercredi 18 février 2015
Je vote : 3 sur 5
Combien d’injustices doit encore subir Gianni, muté dans un immeuble impersonnel de son entreprise à la veille de prendre sa retraite ? De ses collègues de bureau, à sa voisine autoritaire jusqu’aux exigences impossibles de son ex-femme, son quotidien est fait de brimades sans nom. Peut-il parvenir à se faire respecter ? La partie ne sera pas de tout repos pour cet homme qui rêve d’une vie paisible…
Et alors ?
Avec son personnage à la Woody Allen romain, que l’on connaît depuis Le Déjeuner du 15 août, Gianni Di Gregorio sait, devant et derrière la caméra, inventer des récits où le héros semble en permanence dépassé par les petits trucs de l’existence. Cette fois, il s’attaque au petit monde du travail, de ses routines et des brimades quotidiennes où les petits chefs exploitent leur peu de pouvoir et les bras cassés profitent de la gentillesse de certains. Une critique sociale légère, juste qui s’exprime à travers plusieurs séquences : de l’ouverture où les collègues sortent en douce dans le couloir pour voir comment réagira Gianni à l’annonce de sa mutations à la scène où le collègue de Gianni rend service, sans broncher, à tous ceux qui le sollicitent. Et, avec une grâce certaine, Gianni campe ce personnage à la Tati qui promène sa silhouette maladroite en toutes circonstances, comme s’il était gêné par ce corps.
Confidences du cinéaste : « J’ai toujours été l’un de ceux qui, par souci de tranquillité ou je ne sais quoi d’autre, tend à accepter les décisions des autres, à subir en secouant la tête et à ne pas réussir à dire non. Je me suis souvent demandé : pourrais-je changer un jour ? Avec ce film, j’ai tenté de comprendre si, en se donnant vraiment du mal, on pouvait changer notre nature et s’obliger à réagir. Tout cela en s’adaptant aux paramètres contemporains qui nous veulent arrivistes et gagnants. »
Si la première partie de l’histoire tient toutes ses promesses, avec notamment une belle galerie de personnages dits secondaires, comme la patronne au chien-chien de l’agence décentralisée, ou ce collègue serviable jusqu’à en être esclave, la fin ne parvient pas à maintenir l’équilibre du début et l’histoire s’enlise en brin dans des situations convenues. Dommage car l’univers du cinéaste italien ne manque ni de charme, ni de poésie.

