GUY GEORGES : LA PLUS GRANDE TRAQUE DE FRANCE

L’AFFAIRE SK1, de Frédéric Tellier – 2h00

Avec Raphaël Personnaz, Nathalie Baye, Olivier Gourmet, Michel Vuillermoz, Adama Niane, Christa Theret

Sortie : mercredi 7 janvier 2014

Je vote : 4 sur 5

IMG_4890L’histoire ?

Paris, 1991. Franck Magne, un jeune inspecteur  fait ses premiers pas à la Police Judiciaire, 36 quai des Orfèvres, Brigade Criminelle. Son premier dossier porte sur l’assassinat d’une jeune fille. Son enquête l’amène à étudier des dossiers similaires qu’il est le seul à connecter ensemble. La traque de Guy George commence… Elle durera sept ans !

Et alors ?

Pour son premier long métrage, Frédéric Tellier n’a pas choisi la facilité en retraçant la longue traque du « tueur en série de l’Est parisien » –  comme la presse le surnomma –  Guy Georges. En deux heures où l’on ne regarde jamais sa montre, il retrace, à travers le personnage de IMG_0599Franck Magne, une traque de sept ans et qui connut bien des rebondissements dans un polar tragique, porté par une mise en scène qui a du souffle.

Le cinéaste sait restituer le climat de Paris des années 1990 où, à côté de ces crimes sordides, survient l’attentat du métro Saint-Michel qui donne lieu à une séquence forte où l’on suit, caméra à l’épaule, la course éperdue des policiers plongés dans la poussière et la peur.

On sent que le cinéaste a fait de longues heures de recherches pour coller au fait-divers, être le plus juste et le plus précis possible dans cette reconstitution. Il souligne : « Il m’a été très difficile d’entrer de plain-pied dans cette histoire car la charge émotionnelle était puissante : ce sont des faits réels, qui se sont déroulés il y a à peine vingt ans, et si je l’ai fait, c’était pour témoigner d’une affaire terrible à la fois pour la police, pour les avocats et évidemment pour les familles de victimes. Je me sentais donc investi d’une grande responsabilité. Et, du coup, les acteurs ont aussi perçu cette émotion et ont réussi à la transcrire. Naturellement, elle les a affectés et « chargés », d’autant plus qu’ils ont rencontré les vrais policiers qu’ils incarnent à l’écran. Tout cela était très concret, et leur marge de manœuvre était étroite. »

IMG_4715_retouches Ce film touche d’autant plus qu’il fait ressentir la psychologie des flics, leurs fêlures. Décrochant un de ses meilleurs rôles, Raphaël Personnaz montre la patience et l’obstination d’un flic qui sait passer sous silence ses blessures personnelles et poursuit son but dans les nuits nicotine. De même, on perçoit bien les tensions internes  à la Crim, les rivalités entre les équipes comme l’esprit de commando qui règne dans le groupe Carbonel, campé par Michel Vuillermoz toujours impeccable. Un patron truculent, meneur d’hommes IMG_8282sans pour autant masquer sa sensibilité.

C’est ce souci du détail qui est marquant dans ce polar où Nathalie Baye joue ainsi une des avocates qui défend sincèrement son client sans pour autant être dupe. De même, Adama Niane n’est jamais un Guy George caricatural : il exprime bien toutes les fêlures profondes du tueur, sans force le trait, ce qui le rend encore plus inquiétant. Notamment dans la scène-clé de la cour d’assises.

Par ce travail minutieux de reconstitution, sa mise en scène efficace et nerveuse, Frédéric Tellier signe un premier film qui a du souffle. Et nous fait revive au plus près la plus longue traque de France. Une réussite dans le genre.

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