UNE JEUNE FILLE EN PLEINE CULPABILITÉ

À CAPPELLA, de Lee Sujin – 1h52

Avec Chun Woo-Hee, Jung In-sun, Lee Young-Ian

Sortie : mercredi 19 novembre 2014

Je vote : 3 sur 5

Quezako ?

Han Gong-ju, une jeune lycéenne, doit changer d’établissement scolaire et d’emménager, pour un temps, chez la mère d’un de ses professeurs, tandis qu’une enquête policière suit son cours dans son quartier d’origine. N’ayant en apparence rien à se reprocher, Gong-ju pourra-t-elle échapper à son passé ?

526506Et alors ?

Par ce scénario tiré d’un fait divers, Lee Sujin signe son premier long métrage qui surprend par son thème et une manière originale de concevoir la mise en scène en nourrissant la description de la nouvelle vie de cette jeune fille timide, refermée sur elle-même par des flashbacks qui révèlent par petites touches le drame qu’elle a connue. Le cinéaste souligne : « A Cappella » raconte l’histoire d’une jeune fille qui a dû s’exiler de sa petite ville natale. Une jeune fille obligée de fuir, alors qu’elle devrait être en position de recevoir des excuses. Dans une société marquée par l’individualisme et l’indifférence, c’est sans doute le raisonnement « tant que cela n’arrive pas à moi » qui pérennise l’existence d’agresseurs, et un tel raisonnement empêche toute lueur d’espoir. Jusqu’à ce que ce soit au tour de ces mêmes personnes individualistes et indifférentes de devenir des victimes. Si je le peux, à travers ce film, j’aimerais soutenir Hang Gong-ju, et les jeunes filles comme elles qui font tout ce qu’elles peuvent pour survivre. »

Avec parfois des séquences très dures, il montre bien l’atmosphère d’un pays où l’individu doit se fondre dans le groupe, où l’alcool et certaines drogues libèrent les comportements les plus bas. Lee Sujin poursuit : « Les cas d’agressions sexuelles ou de mauvais traitements sont légion en milieu scolaire. Je me suis senti concerné, non pas en tant que cinéaste mais en tant que citoyen. Ces histoires m’inspirent à chaque fois de la révolte. » Il montre bien aussi comment les puissants parviennent toujours à se sortir des mauvaises affaires, comme le prouve la manière dont Madame Lee, la mère du prof qui héberge Gong-ju, et elle-aussi opprimée par le groupe, peut garder la tête haute même si elle a été agressée. Le cinéaste déclare : « Alors qu’elle est coupable d’adultère, elle n’est aucunement intimidée par ses agresseurs car elle est « puissante ». Pour Gong-ju qui est à la fois victime et acculée, c’est une situation très troublante. »

479249 151356Ce qui donne aussi toute sa force à ce drame, c’est le jeu de la comédienne principale, tant Chun Woo-Hee – on se souvient d’elle dans « Mother », de Bonh Joon-ho – signe une composition toute en retenue et fait passer sur son visage bien des émotions sans jamais surligner le trait. « Je ne voulais pas être dans le registre de la performance, dit-elle. Je trouve que cela nuit au personnage et que ce n’était pas de cette façon qu’il fallait l’interpréter. » Même quand elle chante, Chun Woo-Hee parvient à jouer sur des nuances et nous fait partager la manière dont cette jeune fille parvient à oublier la réalité si violente.

Avec une image et un montage très aboutis, « A Cappella » est un film fort. Et qui dénonce avec habileté une société de l’indifférence.

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