’71, de Yann Demange – 1h39
Avec Jack O’Connell, Lewis Paul Anderson, Richard Dormer, Sean Harris
Sortie : mercredi 5 novembre 2014
Je vote : 4 sur 5
Quezako ?
Belfast, 1971. Tandis que le conflit dégénère en guerre civile, Gary, jeune recrue anglaise, est envoyé sur le front. La ville est dans une situation confuse, divisée entre protestants et catholiques. Lors d’une patrouille dans un quartier en résistance, son unité est prise en embuscade. Gary se retrouve seul, pris au piège en territoire ennemi. Il va devoir se battre pour essayer de revenir sain et sauf à sa base.
Et alors ?
Ce n’est pas le premier film avec le conflit irlandais en toile de fond – on se souvient du très réussi Hunger de Steve McQueen sur la grève de Bobby Sands – mais, indéniablement Yann Demange sait faire œuvre originale dans ce récit qui plonge le spectateur au cœur de cette guerre civile dans un quartier déshérité de Belfast, tenu par des bandes rivales de l’IRA.
En focalisant son récit sur l’errance d’un soldat perdu en terre hostile, dans une atmosphère de thriller, il donne à son récit une résonance qui dépasse le contexte de ce conflit de la fin des années 70. Tant le ballet des délateurs, les trahisons, la présence d’agent infiltré confèrent au scénario une portée plus générale. Et Jack O’Donnell – le
comédien célèbre pour la série Skins – incarne parfaitement un soldat de cette génération perdue, marquée à vie par ce dont il fut témoin et acteur. Commentaires du réalisateur : « On peut très bien voir ‘71 comme le récit d’un jeune type qui perd son innocence à cause d’une sale guerre. Il est aussi question d’une génération foutue en l’air. J’ai été sidéré quand j’ai fait des recherches sur le sujet : c’était des mômes d’à peine 20 ans qui se sont retrouvés au cœur d’enjeux qui les dépassaient, ce n’étaient que des gamins ! Une de mes influences principales a été une séquence de « L’Armée des ombres », de Melville : celle où un collaborateur doit être exécuté. Je voulais retrouver sa complexité psychologique, et ses nombreuses couches de lectures. » Un défi tout à fait réussi ici.S’il avait un temps imaginé de tourner l’histoire en Irlande, Yann Demange a finalement choisi de planter le décor en Angleterre à Sheffield et Leed et s’est aperçu que les faits tragiques passés marquaient encore profondément les esprits. Il raconte : « Ça a été très difficile. Surtout pour la séquence de l’émeute : on l’a tournée sur cinq jours, et on ne pouvait pas, pour des raisons de budget, défaire les décors en fin de journée pour les remettre en place le lendemain. Au delà de passer plusieurs jours dans un environnement d’apocalypse, l’impact sur certains comédiens et figurants irlandais a été certain. L’oncle du père de l’acteur qui tire dans le visage du soldat anglais est mort dans le conflit ; la famille de l’actrice qui joue la femme interpellée chez elle par les anglais a été très impliquée dans ces événements. Il était palpable sur le tournage que ça les secouait. J’ai ressenti à ce moment quelque chose qui doit tenir d’un esprit, d’une vibration irlandaise, qui se transmet de génération en génération. »
Par la précision de la reconstitution du climat de l’époque, par le parti-pris de nous faire vivre ce conflit à travers le regard de ce soldat perdu en terre inconnue et hostile, Yann Demange signe un film prenant où il nourrit sa mise en scène solide de bien d’éléments différents, y compris ceux du film de genre. A la fois film d’action, avec des séquences parfois difficilement soutenables, mais aussi un récit qui reste humain et sensible, cette histoire nous replonge dans une guerre civile aujourd’hui un peu oubliée.

