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FLB (Front de libération de Bretagne), d’Hubert Béasse – 52mn
Documentaire (dans « La Case de l’oncle doc »)
Diffusion sur France 3, le lundi 3 à 23h50
3 sur 4
De 1966 à 1980, le Front de libération de Bretagne a revendiqué plus de 200 attentats. Hubert Béasse raconte l’histoire de ce mouvement dans un documentaire riche de nombreux témoignages.
L’histoire est ancienne mais les actions du FLB ont marqué la vie de la Bretagne et le septennat de Valery Giscard d’Estaing, comme le montre très clairement le documentaire d’Hubert Béasse. De 1966 à 1980, ce mouvement indépendantiste ont multiplié les attaques contre les symboles de l’Etat régalien : des casernes de gendarmerie aux antennes de télévision, jusqu’au Château de Versailles. Retour en arrière.
Quand Giscard d’Estaing est élu en 1974, une page de l’histoire de la Vème République se tourne après l’explosion de Mai 68 qui a provoqué une onde de choc dans la société française. Jeune, moderne, ce nouveau président incarne une idée du changement. Et c’est d’autant plus nécessaire que le choc pétrolier marque l’entrée de la France dans une ère de crise. Licenciement et chômage font désormais leur entrée dans le langage des Français. Pour la Bretagne, la situation est particulièrement difficile. Dans les années 60, la région connaît un contexte économique difficile : fermeture d’usines, crise du secteur agricole, salaires inférieurs de 40 % à ceux pratiqués dans la région parisienne… D’aucuns parlent même d’une région « sous-développée. » C’est dans ce contexte que le FLB fait entendre ses revendications et s’attaque à tous les symboles de l’Etat. A travers les témoignages d’anciens membres du mouvement, de policiers, ce documentaire raconte la genèse du mouvement, ses orientations politiques. Un mouvement qui s’est appuyé sur les revendications culturelles partagées par de nombreux bretons, notamment celui de parler « sa » langue.
Un sigle remarqué pour la première fois à Pontivy, tracé sur la chaussée, dans la nuit du 25 au 26 septembre 1963.
Un attachement qui s’exprime aussi chez les artistes. La pop celtique d’un Alan Stivell, qui chante « Voici venu le temps de la délivrance », la poésie rustique d’un Glenmor accompagne ces revendications. Et les autorités utilisent parfois des moyens disproportionnés pour surveiller le mouvement. Ainsi la DST demande des vols de reconnaissance à l’armée de l’air au-dessus de la ferme de Glenmor pour repérer d’éventuelles caches d’armes. On mesure bien à travers les images d’archives et tous les témoignages comment l’Etat centralisé met du temps à comprendre le sens de ces revendications et d’une lutte armée qui s’attaque aux symboles de la République et à la construction des centrales nucléaires à Plogoff qui suscita des manifestations très dures jusqu’à l’abandon du projet par François Mitterrand en 1981… En 1975, il y a même un pic dans les attentats avec notamment celui contre la centrale nucléaire de Brennilis. Un mouvement qui, comme le signale un des témoins, a une « teinture arc-en-ciel« , tant ses membres viennent d’horizon différent : de l’extrême gauche comme de la mouvance nationaliste nettement plus réactionnaire.
A travers ce documentaire, on mesure mieux comment les actions du FLB ont eu un rôle déclencheur dans la reconnaissance des identités régionales, des langues régionales et eurent une influence politique indéniable. Un mouvement qui accompagne aussi les mouvements sociaux qui accompagnèrent le développement économique de la région. Comme le dit un des anciens membres du FLB dans ce documentaire : « Il fallait tenter quelque chose en sachant très bien que ce ne serait pas le FLB qui amènerait à l’indépendance de la Bretagne.«


