TREIZE CINÉASTES AU CHEVET DE SARAJEVO

LES PONTS DE SARAJEVO, film de treize cinéastes européens.

Direction artistique : Jean-Michel Frodon

Sortie : mercredi 16 juillet 2014

 Je vote :  3 sur 5

L’histoire ?

À travers le regard de 13 cinéastes européens, et plusieurs langues,  le film explore ce que Sarajevo représente dans l’histoire européenne depuis un siècle et de ce qu’elle incarne dans l’Europe d’aujourd’hui. De générations et d’origines diverses, ces auteurs marquants du cinéma contemporain proposent autant d’écritures et de regards singuliers.

photo 9 Villaverde ∏ CinÇtÇvÇ  Obala Art Centar  Bande Ö part Films  Mir Cinematografica  Ukbar Filmes  unafilm  Orange Studio  France 2 CinÇma, 2014 Bridges of Sarajevo - "Princip, Text" by Angela Schanelec photo 7 Recha ∏ CinÇtÇvÇ  Obala Art Centar  Bande Ö part Films  Mir Cinematografica  Ukbar Filmes  unafilm  Orange Studio  France 2 CinÇma, 2014 photo 6 Puiu ∏ CinÇtÇvÇ  Obala Art Centar  Bande Ö part Films  Mir Cinematografica  Ukbar Filmes  unafilm  Orange Studio  France 2 CinÇma, 2014 photo 5 LeBesco ∏ CinÇtÇvÇ  Obala Art Centar  Bande Ö part Films  Mir Cinematografica  Ukbar Filmes  unafilm  Orange Studio  France 2 CinÇma, 2014 photo 4 Kalev ∏ Anastas Petkov - 20142 raisons d’aller voir ce film ?

Un lieu symbolique. A travers ce film-omnibus, et la réunion de treize cinéastes dont certains n’ont jamais mis les pieds à Sarajevo, Jean-Michel Frodon – qui a enseigné le cinéma à la Film Factory de la ville- tente de montrer comment Sarajevo fut au cœur des évènements qui ont marqué à jamais l’Europe.  De fait, la ville  vit l’assassinat par Gavrilo Princip de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche, facteur déclencheur de la guerre de 14-18, et connut, dans les années 1990, le terrible épisode du siège durant guerre de Bosnie-Herzégovine. Sarajevo qui pourrait symboliquement aujourd’hui, incarner un rêve de paix et de réconciliation. Jean-Michel Frodon explique ainsi ses choix : « Sarajevo, de 1914 à 2014, dans le regard de cinéastes européens d’aujourd’hui. Mais lesquels ? Comment choisir ? Bien sûr il y a eu des règles, au moins des lignes de conduite, et puis aussi des rencontres, ou même des hasards. Tant mieux. Des Européens, donc, hommes et femmes bien sûr, mais encore issus de générations diverses, comme devaient être divers les origines nationales, les styles, les distances avec la ville et son histoire. Des artistes venus de « l’Europe de l’Est » et « l’Europe de l’Ouest » aussi, formules qui semblent d’une époque révolue, mais gardent à tant d’égards une réalité. »
photo 3 Godard ∏ CinÇtÇvÇ  Obala Art Centar  Bande Ö part Films  Mir Cinematografica  Ukbar Filmes  unafilm  Orange Studio  France 2 CinÇma, 2014 photo 1 Begic ∏ CinÇtÇvÇ  Obala Art Centar  Bande Ö part Films  Mir Cinematografica  Ukbar Filmes  unafilm  Orange Studio  France 2 CinÇma, 2014

Des regards différents et complémentaires. Aida Begic, enfant de Sarajevo et qui n’a jamais quitté la ville, même durant le siège, l’évoque de manière charnelle. Isild le Besco -qui n’avait que dix ans au début de la guerre des années 90- porte à travers le portrait de cet enfant un regard sensible et fort sur une ville tournée vers la vie mais qui ne peut oublier les échos terribles du passé et des nombreuses blessures dont ses murs portent encore les stigmates. Quant à Jean-Luc Godard, vieil habitué des lieux, il offre dans le nouveau montage de son Je vous salue Sarajevo, de 1993, une réflexion prophétique et brillante sur cette histoire tourmentée en jouant, par un montage fort tant sur le plan des images que des musiques, sur les images symboliques d’une ville.

L’autre trouvaille du film et qui unit habilement les treize récits, ce sont les animations orchestrées par Luís da Matta Almeida et l’auteur de bande-dessinée belge François Schuiten. Le duo a imaginé des métaphores visuelles du pont où bien des liens se sont faits avant de se défaire. Pour François Schuiten, «un environnement architectural nous construit, nous révèle ou nous détruit».

Bref, cet exercice de style audacieux est aussi passionnant que, visuellement, réussie. Même s’il demande au spectateur une attention permanente pour ne pas perdre le film dans cette mosaïque d’impressions et d’analyses.

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