TON ABSENCE, de Daniele Luchetti – 1h30
Avec Kim Rossi Stuart, Micaela Ramazzotti, Martina Friederike Gedeck
Sortie : mercredi 28 mai 2014
Je vote : 3 sur 5
1974 à Rome. Guido est un artiste qui aimerait faire partie de l’avant-garde contemporaine mais sa femme, Serena, qui l’aime passionnément, a du mal à accepter son art et surtout son intérêt pour ses modèles… Leurs fils, Dario et Paolo, 10 et 5 ans, sont les témoins de leur irrésistible attraction, de leurs échecs, et de leurs perpétuelles querelles amoureuses.
2 raisons d’aller voir ce film ?
Une description de la vie d’artiste. En retrouvant un de ses thèmes chers – la vie de famille- Daniele Luchetti replonge dans les années 70 pour restituer l’atmosphère d’une époque, les rêves libertaires de certains artistes qui voulaient refaire le monde en bouleversant l’art et ses pratiques. Il le fait en décrivant le parcours de Guido, un artiste coincé entre ces rêves et la vie très bourgeoise qu’il mène avec sa femme et sa belle famille, de gros commerçants.
Confidences du cinéaste : « Guido est un jeune créateur qui a grandi dans l’idée qu’un artiste devait impérativement être transgressif, dérangeant, provocateur. Mais il n’y parvient pas. Il se sent à l’étroit dans le cocon bourgeois, mais en même
temps, il lui permet de vivre en paix. Guido est un artiste sans nécessité, il aime l’art, mais il n’a aucune obsession, aucun style personnel, il veut seulement participer à l’élan artistique de son époque qui lui parvient feutré, lointain, étranger. Vivant dans une famille de la classe moyenne, dans un quartier de la classe moyenne, il ne peut qu’en être exclu. »
Non sans humour, Luchetti décrit très bien les contradictions de cet artiste qui atteignent un sommet dans la performance donnée par Guido dans un musée de Milan et où l’irruption de son épouse et de ses deux enfants vient bouleverser une présentation qui tourne vite au ridicule et au prétentieux et met à nu la personnalité de ce sculpteur et plasticien beau gosse et poseur.
La vraie liberté naît alors de ces vacances improvisées par Serena qui part, accompagnée de ses deux enfants, dans un camp de vacances féministes où se rend la directrice de la galerie d’art où expose son époux. Sur place, dans cet univers baigné de lumières et où la nature reste sauvage, Serena va découvrir un autre amour et provoquer une crise dans son couple mais aussi conduire Guido à faire œuvre vraiment originale.
Car Guido reste prisonnier de modèles de pensée qui sont aussi d’une certaine manière bourgeois et, dans sa vie privée, se montre d’un conservatisme farouche.
Kim Rossi Stuart, qui joue parfaitement cet artiste se pensant maudit, souligne ainsi : « Il se laisse conditionner par ce qui lui apparaît comme étant plus cool et à la mode, tout en faisant son possible pour adhérer à l’image de l’artiste transgressif, même si cela ne correspond en rien à son tempérament. Le fait qu’il se prenne toujours trop au sérieux m’a offert la possibilité de me moquer de lui dès que possible. »
Cette histoire est aussi une réflexion sur la passion du cinéma par le truchement du fils aînés de Guido qui va découvrir le plaisir de tourner des images en super 8 et de raconter ses petites histoires en portant parfois un regard indiscret sur la vie de cette famille se cherchant. Le film apparaît alors comme un regard plein de tendresse pour une époque révolue du cinéma et une manière pour le cinéaste de revenir sur ses propres émotions. Il souligne : « En tournant avec la caméra super 8 que mes parents m’avaient offert quand j’étais enfant, j’ai retrouvé la magie de travailler avec un négatif et un positif. La sensibilité, la profondeur des couleurs et le charme de la pellicule seront inévitablement perdus quand on n’aura plus le choix et qu’on sera obligé de tourner en numérique, un support qui, avec tous ses avantages et désavantages, est tout simplement « autre ». »
Ces plusieurs niveaux de lecture confèrent à cet opus son originalité et sa force avec ce parfum de nostalgie non dénué d’humour, portée par la musique vintage signée Franco Piersanti.

