FOREST WHITAKER EN MARCHE VERS LA REDEMPTION

LA VOIE DE L’ENNEMI, de Rachid Bouchareb – 2h00

Avec Forest Whitaker, Harvey Keiteln Brenda Blethyn, Luis Guzman

Sortie : mercredi 7 mai 2014

Je vote : 3 sur 5

DSC_3633Quezako ?`

Ancien membre d’un gang du Nouveau Mexique, Garnett vient de passer 18 ans en prison pour meurtre. Avec l’aide d’Emily Smith, agent de probation chargée de sa mise à l’épreuve, il veut se réinsérer, reprendre une vie normale, se marier et avoir des enfants. Mais Garnett est vite rattrapé par son passé. Car le shérif Bill Agati veut lui faire payer très cher la mort de son adjoint.

Convaincant ?

Transposant librement Deux hommes dans la ville, de José Giovanni sur les terres américaines, Rachid Bouchareb parvient à réinventer l’histoire en la centrant sur le parcours de ces trois personnages et avec l’originalité de confier le rôle de l’agent de probation à Brenda Blethyn, excellente dans la peau de cette femme mure dont on sent qu’elle a un passé lourd même si elle refuse de se confier. Une comédienne qu’il avait déjà DSC_3228dirigé dans London River. L’actrice souligne : « Tout comme Emily, je pense que l’on doit savoir pardonner. On commet tous des erreurs dans la vie. La question est de savoir si on va en tirer des leçons ou pas. » Dès la scène d’ouverture, Rachid Bouchareb utilise à merveille le décor désertique de cette frontière mexicaine, écrasée par la chaleur. Un cadre qui l’a inspiré : « Dans cette partie de l’Amérique, on a toujours une image qui rappelle le western, qu’on le veuille ou non ! La nature vous offre cette dimension-là ! Quand on voit Emily Smith assise seule sous la véranda de sa maison en bois, au beau milieu de nulle part, on est dans un décor de western. Lorsque William Garnett affronte le Shérif, qu’il travaille dans une ferme au milieu des têtes de bétail ou qu’il traverse le désert sur sa vieille moto Triumph, on dirait un cowboy des temps modernes. « 

Il faut dire que le récit repose, outre Harvey Keitel en flic convaincu de détenir la vérité et d’avoir Dieu avec lui, Forest Whitaker fait une prestation solide du truand sur la voie de la rédemption. Un rôle pour lequel il a beaucoup bossé. Témoignages : « J‘ai effectué de nombreuses recherches pour les besoins du film. J’ai appris l’arabe et je me suis mis à l’Espagnol puisque c’est une langue couramment parlée au Nouveau-Mexique. J’ai étudié les traditions de la religion musulmane et le Coran avec un Imam de Los Angeles. Je me suis particulièrement concentré sur les prières. DSC_7313Elles sont très importantes pour William Garnett car elles lui permettent de canaliser sa violence, de trouver une certaine forme de paix à travers sa relation à Dieu. »  Après Zulu, de Jérôme Salle où le désert signifiait encore la fin pour son personnage, Forest Whitaker trouve un terrain de jeu intéressant avec des metteurs en scène venus de France.

 

Moins convaincant ?

Malgré la mise en scène d’une belle fluidité, une splendide utilisation des lumières sur le désert, et le jeu des comédiens, le film est beau mais pas vraiment imprévisible. On mesure vite comment le flic retord et le voyou tordu vont tout faire pour faire replonger le repenti dans ses erreurs de jeunesse et céder à la violence. Et pourtant, le cinéaste avait éviter bien des pièges comme de faire d’Harvey Keitel un flic banalement raciste et obsédé par l’étranger. Il incarne DSC_5834plutôt une face du rêve américain où la foi sert de passeport pour l’éternité

De même l’histoire d’amour avec la belle mexicaine arrive un peu vite pour sembler complètement vraisemblable et la passion soudaine paraît alors un brin conventionnelle pour justifier la poursuite du récit.  C’est d’autant plus regrettable que le reste du film tenait la route, porté par une belle musique originale, très roots, signée Eric Neveux. Et que la référence à la vie des migrants mexicains tentant de vivre dans un Eldorado offre une belle piste de réflexion dans ce polar classique.

Laisser un commentaire