ITINÉRAIRE D’UN ADOLESCENT D’ORIGINE ÉTRANGÈRE

ALI A LES YEUX BLEUS, de Claudio Giovannesi – 1h29

Avec Nader Sarhan, Stefano Rabatti, Brigitte Apruzzesi

Sortie : mercredi 30 avril 2014

Je vote : 3 sur 5

L’histoire ?

Jeune romain d’origine égyptienne, Nader se rebelle  contre les valeurs de sa famille. Tiraillé entre le poids de ses origines et son désir d’intégration, courageux et amoureux d’une jeune italienne, Nader, livré à lui-même, doit _MG_9770affronter la solitude et la peur, et doit se résigner à la perte d’une amitié pour affirmer sa propre identité.

Et alors ?

Faisant suite à un film documentaire Fratelli d’Italia, tourné à Ostie entre 2007 et 2009, Claudio Giovannesi a prolongé cette description de la vie de trois adolescents d’origine étrangère par une fiction dont Nader Sarhan reste, cette fois, le personnage central, passant ainsi du doc à la fiction. Son  film  décrit alors avec précision un conflit culturel assez symbolique de ce que vivent bien des immigrés de la deuxième génération. Dès le doc, Nader portait déjà les lentilles bleues pour se donner un visage plus européen. Et le vrai Nader a aussi passé deux mois à dormir dans la rue pour pouvoir continuer de vivre son histoire d’amour. Pour le tournage du doc, Claudio Giovannesi n’avait eu qu’une seule règle  : « J’ai seulement demandé à Nader de ne jamais regarder IMGP7482l’objectif, de faire comme si la caméra n’existait pas et de ne pas surjouer. Je lui ai expliqué qu’il s’agissait d’un documentaire et que c’était le contraire d’un show télévisé où toutes les actions sont pensées et faites exclusivement en fonction des caméras vidéos. Le documentaire achevé, j’ai eu envie d’approfondir le récit esquissé dans le troisième épisode de « Fratelli d’Italia ». J’ai alors demandé à Nader d’interpréter un véritable personnage, identique à lui, à son expérience et à sa vision du monde. Il s’agissait pour Nader de passer de l’inconscience demandée lors du tournage du documentaire à la conscience de sa propre histoire personnelle, de son propre vécu et de ses propres émotions qu’il allait devoir interpréter pendant le tournage du film, à l’instar d’un acteur qui se saisit d’un personnage. »

Le fait de s’entourer de comédiens non-professionnels et dont le jeu est ici étonnant  donnent une force indéniable à ce récit qui aurait vite pu tomber dans le cliché mais frappe par son authenticité. A travers le destin de Nader, le réalisateur explore plusieurs voies : le poids des traditions, la volonté de vivre libre, le choc des cultures, l’éducation en pleine déroute… Si le film aurait gagné en nervosité à être un peu plus resserré, il offre indéniablement un coup de projecteur fort sur la banlieue ici de Rome mais qui pourraient être celle de bien des capitales européennes et décrit une réalité complexe, porteuse d’incertitudes et de bouleversements politiques et sociaux.

_MG_9310On retrouve aussi dans la manière de filmer le monde une atmosphère à la Pasolini dont le cinéaste s’est inspiré d’un poème pour définir son personnage principal. « Nous avions pour objectif de raconter une génération d’adolescents dans une zone précise : le territoire situé entre le périphérique de Rome et la côte du Latium, une communauté urbaine qui s’étend jusqu’à la mer et qui englobe Tor Di Valle, Acilia, Ostie Antique, Ostie, le littoral romain et va jusqu’à Fiumicino. C’était là les lieux dans lesquels le film devait se dérouler, les décors dans lesquels nos jeunes personnages allaient évoluer » souligne le cinéaste. En découpant l’histoire par journée, en suivant la « semaine musulmane » de Nader, il parvient à nous immerger dans ce monde souvent caricaturé mais rarement montré avec une vraie justesse.  Le revers de la médaille et le choix de ce calendrier, c’est de plomber un peu le rythme du récit qui n’évite pas certaines redites.

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