24 JOURS – LA VÉRITÉ SUR L’AFFAIRE ILAN HALIMI – de Alexandre Arcady – 1h50
Avec Zabou Breitman, Pascal Elbé, Jacques Gamblin, Sylvie Testud, Eric Caravaca
Sortie : mercredi 30 avril 2014
Je vote : 2 sur 5
Le vendredi 20 janvier 2006, Ilan Halimi, choisi par le gang des Barbares parce qu’il était juif, est enlevé et conduit dans un appartement de Bagneux. Il y sera séquestré et torturé pendant trois semaines avant d’être jeté dans un bois par ses bourreaux. Retrouvé gisant nu le long d’une voie de chemin de fer à Sainte- Geneviève-des-Bois, il ne survivra pas à son calvaire. Inspiré du livre de sa mère, le film retrace le calvaire de ce jeune homme.
Et alors ?
En adaptant le livre éponnyme de Ruth Halimi et Emilie Frèche -celle-ci est co-scénariste du film, Alexandre Arcady a voulu faire un film-coup de poing qui témoigne du martyr du jeune homme. Ayant souvent puisé dans l’Histoire ses scénarios – du Coup de sirocco à Ce que je jour doit à la nuit– il récidive ici avec cet enlèvement
motivé par des haines antisémites et qui a marqué bien des esprits par son horreur. Alexandre Arcady déclare : « Tout naturellement, je ne pouvais pas être indifférent à cet assassinat qui a bouleversé notre pays en 2006. Il y a des moments dans la vie où l’on est happé, bousculé, outré, révolté. La mort d’Ilan, le premier jeune juif à avoir été tué en France depuis la Shoah, est un événement qui m’a meurtri, comme il a meurtri beaucoup d’entre nous. Ce crime antisémite n’était pas un fait divers, mais un phénomène de société grave. «
C’est un film pour donner l’alerte, montrer des déviances actuelles de la société rongée par la peur de la différence. En se plaçant du point de vue de la mère, en montrant le désarroi de la famille, le combat plein de dignité du père divorcé et que campe avec justesse Pascal Elbé, il construit une dramaturgie de l’horreur. Et décrit aussi l’affaire du côté de la police avec un commissaire qui déploie, avec ces hommes, toute leur énergie pour tenter de capturer les
ravisseurs. C’est sans doute la partie la plus intéressante du film même si l’on ne peut absolument pas être insensible au calvaire de la famille. On voit bien comment la police doit agir avec d’infinies précautions après les émeutes de banlieue afin de ne pas raviver les braises. Dans le rôle du commissaire de la PJ, Jacques Gamblin fait, une fois de plus, montre de son talent en campant un fonctionnaire qui doute, perd parfois pied mais continue de se battre avec opiniâtreté. Jacques Gamblin souligne : « Il est honnête cet homme, il a des convictions et pense d’abord à un crime crapuleux qui n’a rien à voir avec l’antisémitisme. Puis, il est fragilisé dans son analyse mais ne veut pas le montrer. Rien n’est simple dans cette affaire, surtout lorsqu’il faut remettre en question ses convictions. »
Zabou Breitman donne aussi une grande profondeur à cette mère qui reste digne jusqu’au terme de l’épreuve et passe de périodes de confiance à des moments d’abattement absolu. Elle souligne : « Une forme de réalité ne doit pas s’imposer à mon jeu, sinon je ne peux plus rien faire, je m’arrête net. De plus, il ne faut pas être spectatrice
parce que je ne suis pas censée connaître le déroulement de l’histoire. Autrement, il n’y a plus l’insouciance au départ ni la terreur à l’arrivée. Et n’oublions pas non plus que c’est Valérie Benguigui qui devait tourner le rôle. Elle est décédée le premier jour du tournage. »
Dans ce compte à rebours terrible, le jeu violent auquel Fofana, le chef du gang des barbares, très bien joué par Tony Harrisson fait subir à ces victimes est tout à fait terrifiant de véracité. Et ne peut que susciter l’horreur devant un tel délire antisémite.
Les réserves tiennent plus à quelques arguments de mise en scène, par exemple certains ralentis qui sont là pour souligner l’émotion mais deviennent lourd alors que le sujet était suffisamment dramatique en soi. Les comédiens jouent suffisamment juste pour que l’on n’ait pas besoin d’en rajouter au risque de faire glisser le récit dans pathos un peu lourd. Enfin, on aurait aimé en savoir plus sur ce monstre Fofana, dont on ne comprend pas s’il est simplement un fou dangereux ou un homme poussé par des convictions racistes. Mais, il est vrai, le choix d’Alexandre Arcady était de raconter l’histoire du point de vue de la mère. Un film-cri qui a le mérite d’entretenir la mémoire et de montrer l’impensable…


