L’ÉTÉ DES POISSONS VOLANTS, de Marcela Said – 1h27
Avec Francisca Walker, Roberto Cauqueo, Gregory Cohen, Maria Izquierdo
Sortie : mercredi 23 avril 2014
Je vote : 3 sur 5
L’histoire ?
Manena est la fille adorée de Pancho, riche propriétaire terrien chilien qui consacre ses vacances d’été à une obsession : débarrasser son lac artificiel des carpes qui l’ont envahi. Alors qu’il recourt à des mesures de plus en plus extrêmes, l’adolescente connaît ses premiers émois amoureux et découvre un monde qui existe dans l’ombre du sien, celui des indiens Mapuche.
L’originalité du film ?
« J‘étais en voyage dans le sud du Chili, en route pour la Patagonie, et j’ai été invitée à dormir dans une maison pareille à celle du film. Une maison isolée en pleine nature, parmi la population mapuche. On sentait dans l’air la rumeur du conflit qui oppose depuis quelques années les Indiens mapuches et les propriétaires terriens, et pourtant la vie dans cette maison bourgeoise continuait comme si de rien n’était. Le père, qui avait fait construire un terrain de golf, était obsédé à l’idée de faire disparaître les carpes de la lagune… » raconte Marcela Said pour évoquer la genèse de son film. Venue du documentaire, elle fait découvrir une réalité mal connue de la vie chilienne et la relation difficile des Indiens mapuches -cette communauté aborigène de la zone centre-sud du pays, que les Conquistadors n’ont jamais réussi à soumettre- avec la riche bourgeoisie terrienne qui fut un fervent supporter du général Pinochet et détient la majorité des richesses du pays.
La réalisatrice parvient à climat lourd et pesant en jouant avec la nature omniprésente qui crée une atmosphère parfois oppressante, voire fantastique, notamment par le jeu sur la brume, le climat humide. En se glissant du côté de la grande bourgeoisie et en mettant sa caméra dans les pas de la jeune fille qui découvre la vie et une autre réalité, à la violence sourde, elle nous fait partager les fissures de cette société. C’est d’autant plus marquant que le danger parvient comme en écho, avec des incidents fugaces comme la descente de police dans la propriété du bord de la route. Cela crée un climat envoutant même si le message de la réalisatrice n’est pas toujours d’une clarté totale. « Pour les Chiliens blancs, la culture mapuche est vraiment une culture étrangère. Les enfants à l’école en entendent peu parler, sinon comme d’un peuple que nous avons conquis et qui a disparu pour devenir chilien. Or les Mapuches ont une perception du monde très différente, notamment en ce qui concerne la terre -Mapuche veut dire « homme de la terre ». À l’inverse de nous, ils ne s’en considèrent pas propriétaires. Nous avons grandi avec cette notion : on est propriétaire de sa voiture, de sa maison, parfois même le couple se résume à l’idée que l’on possède l’autre… La culture Mapuche, elle,
est fondée sur le partage, la communion avec la terre » souligne Marcela Said.
Outre ce regard politique, elle décrit aussi comment l’Homme ne peut avoir le dernier mot avec la nature, autre « personnage » du récit qu’on ne peut dompter avec quelques bâtons de dynamite. Pas plus que les hommes qui défendent leur culture même s’ils sont tenus pour partie négligeable. Un premier long métrage d’une belle facture.

