TOM À LA FERME, de Xavier Dolan – 1h42
Avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Elise Roy, Evelyne Brochu
Sortie : mercredi 16 avril 2014
Je vote : 4 sur 5
Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne canadienne pour des funérailles, et constate que personne n’y connaît son nom, ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce qui n’aura de cesse que la vérité éclate enfin…
Et alors ?
Après trois films sur l’amour impossible -on se souvient du très déroutant et beau Laurence Anyways– Xavier Dolan change de registre en portant à l’écran une pièce de théâtre dure et violente de Michel Marc Bouchard, qu’il a découverte sur scène l’hiver 2011. Incarnant lui-même le
rôle principal, il exprime tout le désarroi de ce citadin qui trouve dans le retour à la terre, le travail épuisant d’un paysan, cette virilité dont il se fait le reproche de ne point l’avoir eue. Face à lui, Pierre-Yves Cardinal joue avec finesse le frère du défunt, muré dans la solitude de cette campagne étouffante et qui rêve de se faire aimer, même s’il exprime ce désarroi profond derrière une violence verbale et physique. Le comédien note justement : « Chez lui, le temps qui retentit dans l’horloge de la cuisine, le silence affolant des jours identiques et l’ennui du labeur ont eu raison de tout entendement, de cette éthique faisant qu’un homme puisse répondre à des codes, des règles. » Quant à Lise Roy, elle symbolise toute la détresse d’une mère, affrontant la solitude et des vérités pesantes après avoir vécu un mariage oppressant avec un mari avec lequel on sent qu’il n’y a eu que des étreintes fugaces et sans âme.
Cinématographiquement, Dolan réussit à se servir du décor vaste et dépouillé de la campagne canadienne comme d’une prison qui permet l’éclosion de toute cette violence psychologique. Au volant de sa voiture, Tom ne parvient pas à échapper de cet univers rectiligne et se sent attiré par la propriété agricole de Francis et de sa mère, qui sert de théâtre à bien des révélations
douloureuses. Une des scènes les plus fortes du film tient dans la course éperdue de Tom dans le champ de maïs qui devient, devant sa caméra, un champ de bataille. Un terrain de lutte et de mise à nue.
Ayant composé la musique originale en visionnant le film monté, Gabriel Yared a imaginé une musique qui souligne toute la tension du récit sans l’écraser de cordes. Xavier Dolan commente : « Je n’ai jamais rencontré Gabriel Yared. Je n’aurai entendu sa voix qu’au téléphone. Mais j’ai rencontré sa musique, son travail, et la vaste étendue de son imaginaire. Son interprétation lyrique et assumée du genre « romanticopanique » était tantôt hitchcockienne, tantôt malhérienne. »
En évoquant aussi bien le deuil que le mensonge, prétexte à bien des violences, en retournant le couteau dans la plaie des névroses familiales, Dolan signe, une fois de plus, un film qui ne peut laisser indifférent. Et qui, cinématographiquement, est d’une grande force.

