MY SWEET PEPPER LAND, de Hiner Saleem – 1h35
Avec Golshifteh Farahani et Korkmaz Arsaln
Sortie : mercredi 9 avril 2014
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Au carrefour de l’Iran, l’Irak et la Turquie, dans un village perdu, lieu de tous les trafics, Baran, officier de police fraîchement débarqué, veut faire respecter la loi. Cet ancien combattant de l’indépendance kurde doit désormais lutter contre Aziz Aga, caïd local. Il fait la rencontre de Govend, l’institutrice du village, jeune femme aussi belle qu’insoumise…
Et alors ?
Sur le ton de la fable politique et sociale, Hiner Saleem -né au Kurdistan en 1964- a choisi une manière originale de revenir au pays en signant ce récit qui emprunte ses codes à l’univers du western, musique comprise. A cet égard, la scène de la pendaison en ouverture, avec les gros plans, fait penser à du Sergio Leone et aux westerns spaghetti. Et puis, il y a l’utilisation des décors naturels magnifiques des montagnes du Kurdistan. Parfois, il a eu la chance de son côté comme il le raconte : « Au départ, je voulais trouver un pont qu’on puisse détruire et reconstruire pour un budget raisonnable. C’est alors qu’un habitant de la région m’a appris que l’aviation turque avait bombardé un pont près de chez lui : quand j’ai vu les photos, je me suis dit que c’était exactement ce que je cherchais ! On a tourné la séquence sur place en une journée, sous protection de la police kurde. »
Avec des deux héros -le flic et l’instit- entourés de résistantes turques kurdes qui mènent un combat de guérilla; le gang de trafiquants et le médecin qui se livre à tous les trafics, Hiner Saleem réussit son clin d’œil au western. Qu’il revendique : « Je me disais que la légèreté du western me donnerait une grande liberté et que les décors naturels se prêtaient bien à l’exploration du genre. Surtout, je crois que le Kurdistan d’aujourd’hui ressemble à l’Amérique de l’époque du western : on y découvrait le pétrole, on y construisait des routes, des écoles et des infrastructures, et on tentait d’y faire appliquer la loi. Jusqu’à une date récente, au Kurdistan, chaque seigneur de guerre imposait sa loi sur son fief. Aujourd’hui, l’État incarne la même loi pour tous et apporte la modernité dans le pays, ce qui mécontente les potentats locaux. Il y a donc beaucoup de similitudes entre le Kurdistan et le Far-West. »

Et puis, il a trouvé avec ses deux acteurs principaux les comédiens ad hoc pour jouer ces deux héros modernes. D’une beauté infinie, Golshifteh Farahani joue à merveille cette jeune femme rebelle et tendre, capable aussi bien de se révolter contre l’autorité des mâles que de jouer, le regard perdu sur le paysage, du hang, un instrument aux sonorités splendides (et qui fut mis au point par des hippies suisses). Avec sa tête de bandit des montagnes, éclairées parfois d’un bon sourire, Korkmaz Arsaln est la parfaite incarnation du héros solitaire, celui qui, comme dans les westerns d’antan, veut restaurer l’autorité presque à lui tout seul alors que tout lui est hostile.
Mêlant des airs traditionnels kurdes et du blues américain, Hiner Saleem signe ici une fable drôle, sensible et bien jouée qui, derrière l’humour, en dit long sur la situation actuelle du Kurdistan en quête d’un avenir démocratique.

