SALAUD, ON T’AIME, de Claude Lelouch – 2h04
Avec Johnny Hallyday, Sandrine Bonnaire, Eddy Mitchell, Irène Jacob, Rufus
Sortie : mercredi 2 avril 2014
Je vote : 3 sur 5
L’histoire ?
Ancien photographe de guerre et père absent -il a eu quatre filles de quatre compagnes différentes, Jacques Kaminsky coule des jours paisibles dans une splendide propriété dans les Alpes,. Mais ses filles ne se précipitent pas pour le voir et l’aînée a même écrit un livre au vitriol sur son père . La vie du photographe est chamboulée le jour où son meilleur ami, et médecin personnel, tente de le réconcilier avec sa famille par un très, très gros mensonge et qui… marche.
3 raisons d’aller voir ce film ?
Retrouver un Lelouch en forme. Avec cette histoire de réconciliation sur fond de mensonges et de crise familiale, le cinéaste retrouve un univers choral où il est particulièrement à l’aise. A partir d’un thème classique -l’histoire d’un mec qui a plus vécu pour son métier que pour sa famille, multipliant les aventures amoureuses- il tricote un récit plein de surprises avec des rebondissements, une atmosphère parfois policière… Propos du cinéaste : « C’est un homme d’action. Lorsqu’on est dans l’action, on n’a pas le temps de réfléchir. C’est parce qu’il a posé ses valises dans cet endroit qu’il se met à réfléchir. Dès qu’on se pose, on réfléchit. Et c’est un problème. L’intérêt de l’action, c’est qu’on ne prend pas de recul, on est dans le présent. On ne s’embarrasse de rien. Le procès que se fait Jacques (Johnny), c’est le procès que tout le monde
se fait un jour ou l’autre. Au fond, personne ne s’épargne. C’est pour cette raison que j’aimerais que ce film touche toutes les générations. Parce qu’il parle aussi bien aux jeunes qu’aux adultes. »
On retrouve la griffe de Lelouch dans l’utilisation des travelling -la séquence d’ouverture où la voiture file sur la route enneigée et tortueuse qui est un clin d’œil de plus à sa fameuse séquence en moto dans un Paris du petit matin- ou quand il s’agit de suivre au plus près un personnage comme pour mieux capter ses sentiments profonds. A cet égard, il prend un plaisir évident à filmer en gros plan le visage marqué par la vie d’un Johnny Hallyday qui n’hésite pas à jouer avec la dérision. Ainsi quand il se met à photographier le vaches sous toutes les coutures, ce qui n’est pas rien pour
un ancien reporter de guerre.
Même si la caméra s’y attarde parfois un peu trop -notamment sur l’aigle, l’autre personnage clé du film- Lelouch sait filmer la nature et les grands espaces et, avec le massif du Mont Blanc, il a de quoi faire comme dans le cadre imposant, mais aussi oppressant, de cette vaste propriété isolée dans la montagne. « Ce domaine peut faire peur, dit Lelouch. C’est ce que je voulais. Il est à la fois majestueux, reposant et angoissant car très isolé. Au cours de la visite, la femme du photographe, interprétée par Agnès Soral, le ressent immédiatement. Elle dit à son mari : « Tu ne vas pas m’enterrer là ! »
Un trio de classe. Avec Johnny et Eddy, on pouvait se douter que jouer les amis ne présentait pas vraiment de difficulté. Entre eux, les silences parlent et cela permet de jolis clins d’œil à cette presque fraternité quand Kaminsky et son ami toubib regarde Rio Bravo et interprète en sourdine la chanson vedette du western. Une Dernière séance, en version duo. On sent que Johnny a pris un réel plaisir à se glisser dans la peau du photographe revenu de bien des choses. Il dit : »Claude est la seule personne qui est encore capable de raconter des histoires. C’est encore un des rares metteurs en scène à savoir raconter des histoires et nous faire rêver. Il y avait Claude Sautet, aussi, qui était un conteur, il savait parler des rapports humains. Je trouve que Claude Lelouch est un des derniers metteurs en scène qui sait encore parler de la vie des gens. » Quant à Eddy Mitchell, il joue avec gourmandise la comédie du mensonge même si celui-ci va provoquer une belle onde de choc dans la vie de son vieux copain. « Le mensonge fait partie de la vie de tous les jours. Surtout par amitié ou par amour ! D’ailleurs, on est obligé de mentir… A nos âges, nous traversons des périodes où nous sommes obligés de mentir face à la mort, face à l’amour… » souligne t-il.
Et puis, il y a Sandrine Bonnaire qui fait, ici, une composition éclatante de justesse et de vie. Avec son sourire, elle est celle qui redonne à Kaminsky le goût de vivre. Avec le rocker, on sent que le courant est vraiment passé comme le reconnaît l’actrice : « Comme Johnny n’est pas quelqu’un « des mots » et moi également, nous nous observions beaucoup en silence. Quand les gens ne sont pas du tout bavards, cela m’intimide énormément… Par moment, sur le tournage, je sentais qu’il était un peu traqueur, intimidé. On avait une vraie complicité… On se rassurait réciproquement. Et puis Johnny : « il est », et c’est ça qui est dingue chez lui, « il est ».
De beaux second rôles. Chacune à leur manière -même si l’irruption de Valérie Kaprisky , cubaine d’un jour, semble un brin plaquée- les quatre filles de Kaminsky sont campées avec finesse par des comédiennes physiquement très différentes. Et Irène Jacob surprend vraiment dans la peau de l’aînée du clan qui a réglé son compte à son père par livre interposé. La scène où ils se demandent mutuellement pardon est ainsi d’une grande justesse de ton.
Claude Lelouch aime aussi s’entourer d’une famille d’acteurs et on le voit dans cette histoire riche en rebondissements avec les deux personnages de paysans, ceux qui sont les premiers spectateurs de cette crise de famille, joués avec sobriété et force par un Rufus impeccable et Isabelle de Hertogh.
Le tout est porté, comme toujours chez Lelouch, par une musique originale qui épouse les différents rythmes du récit avec au cœur de l’histoire une adaptation d’un classique de la musique brésilienne signée Moustaki, Les Eaux de mars. Evoquant la nature, la vie, la renaissance et le rythme des saisons, la chanson colle parfaitement à un récit émouvant, parfois drôle, et qui touche aux choses essentielles de l’existence.

