L’AMOUR AU DELÀ DES APPARENCES

REAL, de Kiyoshi Kurosawa – 2h07

Avec Takeru Satô et Haruka Ayase

Sortie : mercredi 26 mars 2014

Je vote : 3 sur 5

Quezako ?

Talentueuse dessinatrice de mangas, Atsumi est plongée dans le coma après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Son petit-ami Koichi ne comprend pas cet acte insensé, d’autant qu’ils s’aimaient passionnément. Afin de la ramener dans le réel, il rejoint un programme novateur permettant de pénétrer dans l’inconscient de sa compagne. Mais le système l’envoie-t-il vraiment là où il croit ?

S#003-0013Et alors ?

Un cinéaste comme Kiyoshi Kurosawa (Kairo; Shokuzai) change de registre en faisant cette fois incursion dans la science-fiction, un nouveau territoire pour provoquer son imagination et lui procurer d’autres pistes de réalisation. Il le fait avec brio en explorant l’inconscient à travers cette histoire d’amour fou en adaptant un roman japonais célèbre : A perfect day for plesiosaur« Le héros y explore l’inconscient des gens et parvient de moins en moins à distinguer le réel de  l’irréel. Jusqu’à ce qu’il découvre un passé tenu secret. Quand j’ai adapté cette histoire à l’écran, j’ai cherché un titre simple qui Kiyoshi KUROSAWA 2clarifierait l’intrigue. Je trouvais que le titre original augmentait la confusion, je voulais un titre qui résume le film en un seul mot. Au départ, j’avais choisi « Unreal » (« Irréel »), qui me semblait adapté au sujet car, dans l’histoire, tout n’est pas réel. Après le tournage, j’ai réalisé que «Unreal» ne convenait pas car, contrairement aux apparences, tout pouvait être réel. Ce titre résonne avec ma conception des films : il a des points communs avec ma méthode. Sur les tournages, je n’ai qu’une obsession : filmer la fiction de la façon la plus réaliste possible. Faire des films, c’est précisément rendre réel ce qui ne l’est
pas. Ainsi, en filigrane, le titre évoque le principe même du cinéma. »

Les deux acteurs principaux, à la beauté presque irréelle, sont assez stupéfiants dans ce récit où le cinéaste embrouille les pistes pour créer un univers qui déroute : du mélo pur et dur à un film de monstres, en passant par un univers de science-fiction avec des fantômes… Le tout est servi par une mise en scène d’une étonnante fluidité où Kiyoshi Kurosawa se joue des décors et des atmosphères très particulières : de la perspective sur une ville déshumanisé à cette île mystérieuse, où les acteurs de ce récit sont confrontés à un passé déchirant. « L’histoire est censée se dérouler à Tokyo, d’où quelques plans de la ville au cours du film, dit-il.  Cependant, pour les scènes clés du passé, il fallait un autre lieu. Celles où apparaissent les souvenirs et les secrets des personnages. Pour le coup, je voulais un lieu qui ait l’air d’être nulle part. C’était indispensable du point de vue narratif. »

Sans forcer le trait, ni multiplier les effets spéciaux grandiloquents, il parvient à conduire le spectateur dans les méandres de la passion amoureuse. C’est sans doute pour cela que l’apparition finale du monstre donne lieu à une scène qui, tirant un peu en longueur, casse un peu le rythme d’un récit. C’est dommage car cette plongée à la frontière du réel et de l’irréel tenait jusque là toutes ses promesses avec, en prime, la belle référence à l’univers du manga et son regard épuré sur la réalité.

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