UN « HAROLD ET MAUDE » EN VERSION GAY

GERONTOPHILIA, de Bruce LaBruce – 1h22

Avec Pier-Gabriel Lajoie,Walter Borden, Katie Boland

Sortie : mercredi 26 mars 2014

Je vote : 2 sur 5

photo_hd_02Quezako  ?

Lake, 19 ans,vit avec une mère névrosée et sort avec une fille de son âge un peu excentrique. Mais, il se découvre une attirance pour les vieux messieurs. Embauché dans une maison de retraite pour l’été, il tombe amoureux de M. Peabody, un patient de 82 ans. Et commence avec lui une étrange errance.

Que penser du film ?

Avec ce film, Vincent LaBrune signe une sorte de Harold et Maud gay en racontant les amours d’un jeune éphèbe et d’un octogénaire. On est alors loin de l’univers de ses précédents films et de leur univers porno trash, façon L.A. Zombie. Comment a t-il eu l’idée du scénario ? Le cinéaste confie : « Gerontophilia » a commencé avec la fascination que j’ai eu pour certaines personnes que j’ai rencontrées dans ma vie qui vouent un culte particulier, photo_hd_05parfois pour des objets de fétichisme très spécifiques. Je suis ami avec Mark Ewert qui lorsqu’il était adolescent avait été l’amant de William Burroughs et Allen Ginsberg. Il était ado et ils avaient 70 ans. Et j’ai toujours été fasciné par sa relation avec eux. Il avait une admiration et un respect immense pour ces grands artistes, mais c’était aussi une attirance sexuelle. Je connaissais aussi un type à New York qui était un grand garçon noir magnifique qui avait 19 ou 20 ans et avec qui tout le monde voulait coucher, mais il n’était juste intéressé que par des bears blancs et juifs qui avaient plus de 50 ans. Exclusivement. C’était son fétiche. Les fétichistes sont très mystérieux et m’ont toujours intéressé. Personne ne sait d’où ils viennent mais ils sont toujours spécifiques. »

Incontestablement, son film a le mérite de lever le voile sur un sujet tabou et peut apparaître comme, sinon subversif, du moins dérangeant dans la société actuelle quand on voit les réactions fomentées par le mariage pour tous. Il est servi par le jeu des deux acteurs principaux, Walter Borden, en tête, un célèbre acteur réputé du théâtre canadien : « C’est un gentleman qui a vécu plein de choses, un peu dandy aussi » souligne Vincent LaBrune. Au détour de leur errance en voiture,  leur histoire d’amour peut prendre un tour délicat, explorer la carte du Tendre avec délicatesse. L’idée du carnet de dessin est aussi un détail qui apporte une certaine profondeur dans l’histoire en jouant sur les non-dits, les silences.

Pour autant, le film peut agacer par une mise en scène qui tourne un peu en rond parfois avec les ralentis sur le personnage de Lake quand il croise une personne âgée. De même, dans la scène de la piscine où le jeune homme découvre son érection alors qu’il vient de pratiquer le bouche-à-bouche à un sexagénaire qui a perdu pied.  La volonté de faire des belles images nuit alors à la profondeur du récit, à son côté polémique et ce nouvel opus de LaBrune peut paraître alors, malgré les apparences, conventionnelles. D’autant plus que le personnage de la mère, possessive, nerveusement atteinte, est vraiment caricatural en diable.

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