IDA, de Pawel Pawlikoswki – 1h19
Avec Agata Kulesza, et Agata Trzebuchowska
Sortie : mercredi 12 février 2014
Je vote : 4 sur 5
Dans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses voeux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l’occupation nazie.
2 raisons d’aller voir ce film ?
Indéniablement, c’est ce film est une claque en ce début 2014 tant, sous une forme narrative en apparence simple, le cinéaste nous embarque dans un récit qui sort vraiment des productions ordinaires. A travers le road-movie de cette jeune nonne et de sa tante, ancien juge politique qui mena des procès très staliniens, il revient sur le passé douloureux d’un pays où l’antisémitisme fut très répandu durant la dernière guerre mondiale. Mais ce qui est fort dans le récit, c’est qu’il double cette quête d’une réflexion sur la foi, le sens de la vie, la liberté… Après des mois de recherches, il a déniché une perle rare en la personne d’Agata Trzebuchowska qui joue cette future religieuse et qui parvient aussi bien à exprimer la profondeur des sentiments religieux qu’une sensualité qui se révèle.
Face à elle, Agata Kulesza joue à merveille cette ancienne juge fanatique dont on sent qu’elle a fait exécuter bien des personnes et pour qui ce retour dans le passé agit comme une rédemption mais réveille aussi bien des blessures. Le cinéaste dit : « Elle fut de loin la meilleure de toutes les actrices que j’ai pu auditionner. Et quand je l’ai vue sur scène dans un spectacle à Varsovie, j’ai tout de suite vu que c’est une véritable virtuose. Le contraste entre son tempérament naturel intense et la forme contraignante de notre film créait une bonne tension. »
Une mise en scène d’une grande beauté formelle. En choisissant le noir et blanc, Pawel Pawlikoswki agit à la manière d’un Haneke dans Le Ruban blanc et définit un monde glaçant et oppressant avec les paysages tourmentés de cette Pologne rurale où le moindre arbre devient une ombre menaçante. Commentaires du cinéaste : « Je connais ce monde en noir et blanc, à travers
mes souvenirs, les films de l’époque, et surtout mes albums de famille. Cela correspondait aussi à mon envie de limiter au maximum les choses. Pas uniquement limiter les couleurs, mais aussi les éléments et objets présents dans le cadre, rétrécir l’écran (le film est au format 4/3), réduire les informations dans les dialogues. En fait, j’avais envie d’un film qui suggère le plus possible en montrant un minimum. Un film qui se passe un peu dans la tête du spectateur et peut-être reste en lui lorsqu’il est sorti du cinéma. » Par le truchement du décadrage, le cinéaste signifie aussi le dérèglement de ce monde et les blessures intérieurs des deux femmes.
Un autre élément fort de l’histoire est le choix de la musique avec ce groupe dont les prestations accompagnent bien des scènes avec la présence de ce saxophoniste qui vient troubler le destin tout tracé de la future religieuse.
Une œuvre complexe, forte et à la mise en scène magnifique.

