KARIN VIARD SE LIBERE

21050508_20131017160435298LULU FEMME NUE, de Sólveig Anspach – 1h27

avec Karin Viard, Bouli Lanners, Corinne Masiero, Claude Gensac

Sortie : mercredi 22 janvier 2014

Je vote : 4  sur 5

Quezako ?

Suite à un entretien d’embauche qui se passe mal, Lulu ne  rentre pas chez elle et part en laissant son mari et ses trois enfants. Elle n’a rien prémédité. Lulu s’octroie quelques jours de liberté, seule, sur la côte, sans autre projet que d’en profiter pleinement et sans culpabilité. En chemin, elle va croiser des gens qui sont, eux aussi, au bord du monde : un drôle d’oiseau couvé par ses frères, une vieille qui s’ennuie à mourir et une employée harcelée par sa patronne… Des rencontres décisives pour son existence.

Et alors ?

Après avoir campé en 1999, une femme enceinte et qui se découvre un cancer du sein dans Haut les cœurs !, Karin Viard retrouve Sólveig Anspach pour une histoire radicalement différente : le portait d’une femme qui plaque tout l’espace de quelques jours et qui est adapté de la BD éponyme de Etienne Gavodeau. Elle porte le film de bout en bout et signe quelques séquences fortes : celle de l’embauche où son visage glisse soudain du sourire aux larmes; celle où elle découvre le campement de Charles ou les scènes d’intimité avec lui quand ces deux solitudes finissent pas s’apprivoiser. La comédienne raconte : « J’ai beaucoup aimé l’univers de cet auteur, en particulier son regard très humaniste. Lulu va se rencontrer en rencontrant les autres. Je suis assez proche de cette façon de penser. S’interroger toujours sur soi-même dans un rapport très égocentré, c’est important mais on se révèle, on se découvre parfois plus dans notre relations à l’autre. Se protéger des autres, de la menace qu’ils représentent, étouffe plus qu’il n’épanouit. » Sólveig Anspach a fait le bon choix pour camper les autres protagonistes du récit : que ce soit Bouli Lanners, pétri d’humanité, que Claude Gensac, en vieille dame qui se bat pour conserver son autonomie, en passant par Pascal Demolon et Philippe Rebbot, formant le duo de frères, comme sortis d’un film de Tati.

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Ce qui touche particulièrement dans l’histoire, c’est le regard plein d’humanité que la cinéaste porte sur ce petit monde de gens à la frontière de la pauvreté. Sans jamais utiliser sa caméra d’une manière racoleuse, elle capte ces tranches de vie, en parvenant à tirer un quelque chose de poétique d’une promenade sur les plages désertes, d’un pique-nique improvisé dans un camping de mobil-home… Sans jamais faire montre d’un humour noir à la Delépine et Kevern, elle porte un regard bienveillant sur ces personnes laissées sur le bas côté de l’existence. J »‘ai toujours eu pour eux une affection particulière. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Je leur ai consacré des documentaires. J’ai par exemple réalisé des portraits de femmes en prison. Braqueuses ou pickpockets, elles avaient du mal à rentrer dans le moule. Lulu, à l’inverse, s’est trop mise dans le moule ; elle s’est cadenassée de l’intérieur. Elle va devoir faire sauter les verrous » souligne t-elle.

Lulu femme nue est, in fine, une belle leçon de vivre différemment et de se révolter en douceur contre toutes ces vies monotones. C’est aussi une des plus belles interprétations de Karine Viard.

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