PIEGÉ, de Yannick Saillet – 1h18
Avec Pascal Elbé et Laurent Lucas
Sortie : mercredi 15 janvier 2014
Je vote : 3 sur 5
Après avoir survécu à une attaque éclair dans la montagne afghane, le sergent Denis Quillard (Pascal Elbé) pose le pied sur une mine russe à double détente. Seul rescapé , coincé au milieu du désert, il doit faire face à cette situation et affronter ses peurs. L’ennemi se rapproche. Il a quelques heures pour s’en sortir. Le compte à rebours a commencé.
2 raisons d’aller voir ce film ?
Il y a du Désert des Tartares dans ce récit sur un soldat perdu, piégé par une mine dans la montagne afghane, et rongé par une culpabilité ancienne. Après la scène d’ouverture enlevée de l’attaque où les tirs font écho aux explosions, Yannick Saillet joue l’unité de temps et de lieu pour renforcer l’impression de solitude de ce sergent. Outre Laurent Lucas, qui campe un étonnant soldat névrosé et
marqué par le conflit, Pascal Elbé porte alors le film sur ses épaules en laissant passer sur son visage toutes les peurs de Denis Quillard. Il raconte : « Ce qui est également très bien rendu dans le film, c’est cet énorme fossé entre ce que vivent les soldats en mission et leurs familles. J’ai parlé avec beaucoup de militaires. Il leur est impossible de partager avec leurs proches ce qu’ils ont enduré sur le terrain. On ne peut pas raconter la mort au quotidien. Les films sur la culpabilité, sur l’incapacité à reprendre le cours normal de sa vie après un conflit, me passionnent. » Une des belles séquences du film est justement le moment où le sergent passe un dernier coup de fil à sa femme pour reprendre pied, un instant, dans la réalité « banale ».
Après avoir signé des centaines de clips pour des chanteurs comme Céline Dion et Jean-Jacques Goldman, Yannick Saillet a pris le parti de tourner pour son premier film une histoire sortant de l’ordinaire et à l’atmosphère pesante où il parvient parfaitement à restituer le climat d’une guerre oppressante avec des ennemis qui attendent. En passant du fracas des armes au silence du désert lourd de menaces. Commentaires : « À partir du moment où Denis met le pied sur cette mine, c’est à dire dix minutes après le début du
film, j’étais face à un double défi : faire évoluer le personnage psychologiquement pour le mener jusqu’à la scène finale, tout en ménageant un effet de surprise. »
Au passage, il ose quelques instants tout à fait surréalistes comme celui où ces femmes voilées viennent récupérer le chargement de drogue du camion abandonné par les talibans pour les charger sur des mulets. Même si l’instant peut paraître invraisemblable -on se demande bien pourquoi elles laissent l’ennemi vivant (sauf pour le laisser mourir lentement )- Yannick Saillet sait embarquer son monde dans ce récit d’une guerre oubliée pour nous faire partager le quotidien tragique d’un soldat confronté à son destin. En tout cas, ce cinéaste a une inspiration certaine.


