CHEZ GALLIENNE, TOUT EST BON

LES GARÇONS ET GUILLAUME À TABLE, de Guillaume Gallienne – 1h25

21053873_20131030102745021Avec Guillaume Gallienne, André Marcon, Françoise Fabian, Diane Kruger et Reda Kateb

Sortie : mercredi 20 novembre 2013

Je vote : 4 sur 5

Quezako  ?

Le problème de Guillaume Gallienne c’est… sa mère qu’il aime par-dessus tout. Pour lui plaire, il est devenu « la fille » de la famille. Il raconte le parcours d’un enfant de bonne famille qui mettra des années à devenir enfin lui-même et ne plus  se croire différent. Au prix de bien des conflits intérieurs.

Pourquoi ce film est une pure réussite ?

Il avait d’abord rêve de faire de son histoire pas banale un film. Ce fut d’abord, en 2010, une pièce éponyme,  hilarante, touchante, parfois surréaliste. En passant derrière la caméra, il n’oublie pas le théâtre – point de départ très abouti de ce film- pour l’ouvrir à la vie. Et ne campant, mais de quelle manière,  « que » deux personnages cette fois. Confidences : « Si dans la pièce, j’incarne tous les rôles, je ne serai que Guillaume…. et Maman. Normal, j’ai répété pendant quinze ans…. et je peaufine encore. Preuve qu’on ne règle pas les problèmes mais qu’on ne fait que les transformer. »

21053874_20131030102745287En partant d’un sujet qui pouvait plomber le moral -les troubles de l’identité et les questions sur sa sexualité- Guillaume Gallienne signe une histoire qui est un petit miracle d’équilibre entre le rire et les larmes. A la façon d’un Woody Allen survitaminé, son interrogation sur lui-même est aussi une façon d’évoquer les autres : sa famille d’abord avec une mère aimante mais écrasante;  un père presque horrifié de découvrir ce fils peu viril mais aussi les étrangers qu’il découvre au cours de ses voyages d’étudiant…  Des Espagnols qui se moquent de sa façon féminine de danser la Sévillane aux Anglais qui ont tant compté dans l’éducation d’un acteur qui parle la langue de Shakespeare avec une gourmandise totale… On sent chez cet acteur jusqu’au bout des ongles une vraie empathie pour le genre humain même s’il fut parfois victime des lazzis. Cela offre, au détour d’un récit aussi bien rythmé que filmé avec grâce, des moments très drôles et fins là ou bien d’autres auraient sombré dans le graveleux. Ainsi dans la séquence du lavement médical où Gallienne signe un duo drolatique avec une infirmière campée avec un charme tout germanique par Diane Kruger revenant à son pays d’origine.

Et puis, il y a la confirmation d’une chose : Guillaume Gallienne est un comédien qui sort vraiment de l’ordinaire. Aussi à l’aise quand il s’agit de jouer son propre personnage que lorsqu’il se glisse dans la jupe plissée de sa mère et retrouve les accents d’une grande bourgeoise à la voix marquée par le tabac et capable de dire les pires horreurs avec une distinction totale. Il dit : « J‘ai tout fait pour être une fille, donc, et quel meilleur modèle que ma mère ? C’est ainsi que j’ai commencé à jouer dès que je me suis mis à l’imiter. Peu à peu, j’ai pris la même voix qu’elle, les mêmes gestes, les mêmes expressions. Je ne suis pas devenu efféminé, mais féminin, m’appropriant Maman. Puis tous les personnages féminins qui m’attiraient. C’était ma manière à moi de les aimer, de m’oublier, de me laisser fasciner. »

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En prime, Gallienne aime diriger les autres et le prouve en proposant notamment à Françoise Fabian la possibilité de jouer une grande-mère russe étonnante, cultivée, aimante et non dénouée d’humour elle-aussi.

Au final, cette comédie élégante et racée offre à Guillaume Gallienne l’occasion de signer une jolie histoire d’amour malgré les névroses propres à bien des familles. Une délicieuse gourmandise pour donner du peps en ce début d’hiver. Une chose est sûre : on connaissait l’acteur, l’homme de radio aux émissions d’une rare finesse sur France Inter : un metteur en scène est bel et bien né avec cette comédie nostalgique et très drôle.

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