LES REVOLTES DU TRAIN DANS LA GLACE

SNOWPIERCER – LE TRANSPERCENEIGE, de Bong Joon-ho – 2h05

Avec Chris Evans, John Hurt, Tilda Swinton, Jamie Bell

Sortie : mercredi 30 octobre 2013

Je vote : 3  sur 5

Quezako ?

2031. Une nouvelle ère glaciaire se répand sur la planète. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter.

SNOWPIERCER_extérieurEt alors ?

En adaptant, après huit ans de travail, la célèbre BD éponyme, Bong Joon-ho fait montre d’un sacré métier.  Ce train devient le cadre symbolique d’une société soumise à un régime totalitaire qui a divisé son petit monde de surivants en castes : à l’arrière s’entassent les pauvres, dans un univers sombre et sale, quand, en avançant dans le convoi, la nuit cède la place à la lumière et à la couleur. Très symbolique de l’univers est la tenue immaculée de la porte-parole du dictateur, campée SNOWPIERCER_CURTISpar une Tilda Swinton méconnaissable et qui signe ici une prestation tout à fait étonnante. Bong Joon-ho souligne : « Avec « Snowpiercer », je cherche à donner au film une portée universelle. Évoquer les classes sociales, les oppressions, les résistances. Ne plus commenter un massacre en particulier, mais la violence généralisée dans l’histoire de l’humanité. C’est vraiment l’une des raisons qui m’ont poussé à choisir la bande dessinée du « Transperceneige » : sa dimension intrinsèquement universelle, puisque les survivants de cette Arche de Noé viennent des quatre coins du monde, avec des cultures et des couleurs de peau différentes, ainsi qu’une large variété de langues. »

Pour créer le décor de ce train, en forme de serpent de métal, le cinéaste coréen a fait construire un décor d’une centaine de mètres de long dans dans les Studios Barrandov en République Tchèque, et qui renvoie à  l’intérieur de ce  train devant comporter au moins 4 compartiments. LE tout pour permettre de suivre les déplacements des passagers révoltés de l’arrière du train vers la motrice. Un énorme cardan lui a enfin permis de simuler les mouvements du convoi et l’impression de cette vitesse folle dans lequel ces survivants sont ballotés comme les passagers d’un esquif en pleine tempête.

SNOWPIERCER_PHOTO CASTINGAvec des personnages solidement campés -Ed Harris joue avec aisance ce dictateur cynique et froid alors que John Hurt incarne cet étrange gourou, façon Ganghi de post-apocalypse- ce récit d’anticipation est mené à belle allure et offre un univers esthétique assez grandiose.

Ce qui est gênant dans la transposition de l’univers de la bande dessinée, c’est une certaine complaisance à montrer dans le détail une violence qu’il s’agit de dénoncer. Avec des séquences d’action, signées Julian Spencer, au réalisme parfois insupportable…  Ainsi quand un des révoltés doit subir le supplice du bras congelé ou dans le combat dans le noir avec des lunettes à visée nocturne. Des affrontements dont l’intensité est trop surlignée par la bande originale de Marco Beltrami qui ne fait pas toujours dans la dentelle et dont la musique écrase parfois les effets visuels.

Ce sont les limites d’un opus au demeurant prenant et dont la philosophie finale est moins sombre que dans l’histoire originale.

Pour autant, Bong Joon-ho en profite pour signer un appel à la résistance dans un monde où la pression est de plus en plus forte. Il conclue : « Le film incarne une ode universelle à la résistance dans laquelle chacun peut se projeter avec sa propre culture. »  Et une fois encore, le cinéaste prouve son sens de la mise en scène, notamment dans un univers de huit-clos, étouffant à souhait.

SNOWPIERCER_YONA+CURTIS

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