UNE HISTOIRE D’AMOUR QUI IRRADIE

GRAND CENTRAL, de Rebecca Zlotowski – 1h34

avec Tahar Rahim, Léa Seydoux, Olivier Gourmet, Denis Menochet et Johann Libereau

Sortie : mercredi 28 août 2013

Je vote : 5 sur 5

21003539_20130506123520021Quezako  ?

De petits boulots en petits boulots, Gary est embauché dans une centrale nucléaire au bord du Rhône. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il tombe amoureux de Karole, la femme de Toni. L’amour interdit et les radiations contaminent lentement Gary. Chaque jour devient alors une vraie menace.

Pourquoi ce film est bouleversant ?

L’idée géniale de Rebecca Zlotowki est d’avoir imaginer une histoire d’amour dans ce cadre d’une centrale nucléaire comme si, symboliquement, l’amour pouvait avoir un effet aussi dévastateur que cette énergie dangereuse. Au centre de cette histoire d’hommes, Léa Seydoux de manière époustouflante cette jeune femme libre qui assume ses choix amoureux au grand jour. Avec un talent consommé de la mise en scène, la cinéaste sait tirer parti du décor froid et minéral de cette centrale comme de ses environs où s’entassent dans des mobil-homes les travailleurs du nucléaire. Elle souligne : « C’était un territoire de fiction absolu. Ces campings aux abords des centrales au bout de bretelles d’autoroute qu’on n’emprunte jamais et dans lesquels les travailleurs vivent en mobile home pour quelques mois avant de reprendre la route. Un territoire inconnu, où pouvaient s’épanouir des passions inouïes comme partout où on frôle le danger et la mort quotidiennement. J’avais l’ambition d’y ancrer des sentiments forts, nobles, de prêter un grand destin à ceux auxquels on ne prête pas grand-chose. C’était vraiment le projet du film. » Le tout étant porté, dans un mouvement qui s’amplifie au fur et à mesure du récit par la bande musicale un brin hypnotique de Rob.grand-central-3-©-Les-Films-VELVET-2-750x420L’histoire est aussi l’occasion de décrire un prolétariat oublié à l’heure de la grande crise moderne avec ces hommes qui risquent leur vie au quotidien pour assurer les travaux d’entretien de ce monstre froid qu’est une Centrale. Une cathédrale de silence où la moindre erreur peut être fatale et contraint les ouvriers à mettre à nu leur corps et leur âme pour tenter de survivre. A la manière de Claire Denis, la cinéaste sait filmer la virilité dans tous ses émois, ses faiblesses aussi. Elle a su décrire une équipe d’hommes qui vit de tensions mais aussi de fraternité quotidiennes. Faisant le parallèle avec son premier film, elle raconte : « J’avais souffert de devoir mettre un peu de côté les figures masculines dans Belle épine, au profit d’un portrait très intime de jeune fille. Du fait du point de vue très tranché dans le film, on n’avait pas la possibilité d’avoir accès au coeur de ces motards trompe-la-mort, qui tournaient de nuit sur des circuits illégaux, suicidaires et courageux. J’aurais eu envie de passer plus de temps avec eux, de les comprendre, de leur grand-central-2-©-Les-Films-VELVET-2-750x418donner une voix. J’avais donc le sentiment d’une injustice et d’une certaine manière de la réparer en suivant ces travailleurs du nucléaire sacrifiés, qui défient le danger comme des enrôlés au début d’une guerre dont on ne sait rien. Créer une équipe d’hommes qui posait la question du sacrifice et du courage me tenait à cœur. »

Elle y parvient au terme d’un casting sans fautes où, face à Tahar Rahim impeccable dans le rôle de Gary Manda -clin d’œil de plus au cinéma de Casque d’or et d’un sous prolétariat- Olivier Gourmet signe une partition parfaite dans le rôle du chef d’équipe qui mène ses hommes au combat. Quel sacré comédien ! Tour à tout grande gueule ou protecteur. Comme elle le note justement, lui et sa bande de prolétaires des temps modernes forment une « horde sauvage et sensible » dans ce récit puissant et très émouvant.

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