MARINE VACTH : ACTRICE STUPEFIANTE

JEUNE & JOLIE, de François Ozon – 1h34

Avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas, Frédéric Pierrot, Charlotte Rampling

Sortie : mercredi 21 août 2013

21006000_20130515122737882Je vote : 4 sur 5

L’histoire ?

Le portrait d’une jeune fille de 17 ans, Isabelle,  qui fait le choix de se prostituer. Un récit en quatre saisons et quatre chansons.

Et alors ?

Indéniablement, ce film marquera la filmographie de François Ozon tant il est audacieux et bien maîtrisé. S’attachant à décrire ce cap de l’adolescence, le cinéaste l’aborde par un sujet qui pourrait vite être scabreux s’il n’était maîtrisé et construit avec une logique assez diabolique qui ne peut que susciter malaise et interrogation. Le cinéaste souligne : Pour moi, l’adolescence est une période de souffrance et de transition compliquée, dont je n’ai pas la nostalgie. Je ne voulais pas montrer l’adolescence juste comme un moment sentimental mais plutôt comme un moment quasi hormonal : quelque chose de fort physiologiquement se passe en nous, et, en même temps, on est comme anesthésié. Du coup, on violente son corps pour le ressentir et pousser ses limites. »

La force de son scénario tient moins dans la première partie dédiée au choix de la prostitution d’Isabelle et à ses premières expériences qu’à l’autre moitié du film où elle est contrainte d’avouer sa prostitution à sa mère, ce qui donne lieu à des confrontations d’une grande force avec le point culminant où la mère bat sa fille. Géraldine Pailhas qui joue avec force cette mère confrontée à un cauchemar car, pour elle, sa fille ne manque de rien, évoque le tournage façon Ozon : « Plus on avançait dans le film, plus François laissait venir les  choses et nous permettait de nous emparer de nos personnages. Il se nourrissait de l’incarnation qu’on leur donnait, son regard nous englobait et on se sentait valorisé. »

1Ce scénario est porté de bout en bout par Marine Vacth qui parvient à exprimer sans grands effets toute une palette de sentiments et de réactions. Supportant des scènes de nudité où elle ne se départit jamais d’une vraie noblesse de port. Evoquant Isabelle, elle souligne  : « On la sent à la fois très vulnérable et solide, c’est une fille singulière, solitaire, très peu dans le lien et la communication. Elle n’a pas envie de se confier sur son expérience de la prostitution, d’en faire l’objet de  confidences. Ses silences me touchent beaucoup, je m’y retrouve. »

Soignant les personnages dits secondaires – Fabrice Pierrot est un beau père aussi touchant que paumé devant une telle situation- Ozon a eu l’idée géniale de confier à Charlotte Rampling l’apparition finale dans le rôle de la femme mure qui tente de comprendre les motivations de son défunt de mari.

21005999_20130515122731147A Cannes, une déclaration de François Ozon sur les motivations de son personnage a créé un petit scandale. « Mon héroïne est très puissante. Je crois que les femmes la comprennent bien car c’est un fantasme de beaucoup de femmes de se prostituer. Ca ne veut pas dire qu’elles le font, mais le fait d’être payée pour une relation sexuelle revient dans la sexualité féminine » avait-il déclaré, suscitant une levée de boucliers. Il a vite rectifié sur son compte twitter : « Propos maladroits et mal compris. Evidemment je ne voulais pas parler des femmes en général, juste des personnages de mon film. »

Son film abouti et extrêmement bien joué mérite bien plus que cette polémique vite éteinte.

 

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