MORT A VENDRE, de Faouzi Bensaïdi – 1h57
avec Fehd Benchemsi, Fouad Labiad, Mouchcine Malzi, Imane Elmechrafi et Faouzi Bensaïdi
Sortie : mercredi 21 août 2013
Mon avis : 4 sur 5
Dans la ville de Tetouan, au Maroc, Soufiane, Malik et Allal, trois amis inséparables habitués des vols, décident de devenir des barons de la drogue. Mais leur rencontre avec Dounia, une prostituée du club « La Passarella », va venir perturber leurs plans et les forcer à choisir entre l’amitié ou l’amour, l’honneur ou la trahison…
2 raisons d’aimer ce film ?
Un film noir mais qui joue sur plusieurs codes. Cela pourrait être un polar de plus. Homme de théâtre, acteur et réalisateur, Faouzi Bensaïdi raconte cette histoire sombre en croisant les destins de personnages ordinaires plongés dans une réalité des plus noires sur fond de chômage et de pertes de repères de toute une jeunesse marocain, évoluant dans un pays où la corruption le dispute à la violence. Lui-même se donne le rôle du flic manipulateur et cynique, prêt à tout pour arriver à ses fins. Il raconte : « Le film se concentre sur le destin romanesque et exceptionnel de gens ordinaires comme on peut en croiser tous les jours à Tétouan : étouffés par un système politique, économique, religieux, par un monde déjà transformé où la violence soudaine, primaire, gratuite peut exploser à n’importe quel moment
et détruire tout autour, même ceux qui la provoquent et croient la maîtriser et la contenir… »
Il a aussi la riche idée de proposer deux rôles forts à des femmes qui luttent à leur façon dans cette société patriarcale mais échappe aux clichés habituels et renforcent le côté social de son récit. Propos du cinéaste : « Chez moi, les femmes ne sont pas victimes, ou alors elles le sont comme peuvent l’être les hommes. C’est rendre justice à leur intelligence et leur humanité que de ne pas faire d’elles les victimes permanentes que l’occident aime tant. Ce qui se passe chez nous est très contradictoire : les femmes ont souffert de cette société patriarcale où les mères elles-mêmes perpétuaient la tradition mais c’est aussi ce qui leur a donné combativité et force. Rien ne leur est acquis et elles doivent se battre pour tout obtenir. »
Pour autant, le réalisateur sait faire respirer son histoire en ménageant quelques belles séquences qui permettent d’échapper à cette atmosphère lourde : la rencontre avec Dounia sur fond de films vidéo récupérés par des gamins et qui volent en arrière plan ou la séquence ou l’un des jeunes se déshabille devant un arbre en feu. Sans parler du plan surprenant qui termine le film…
L’utilisation du décor. Loin des villes classiques marocaines, la ville de Tetouan, coincée entre la mer et la montagne, offre un cadre idéal pour cette histoire. Une forme de métaphore sur l’état psychologique des trois personnages principaux. Ils sont seuls mais garde un espoir de s’évader. Une ville qui a compté dans le parcours du cinéaste qui raconte : « C’est la ville de notre famille et mon père avait décidé de revenir y vivre… Mes premiers souvenirs datent de l’époque du voyage vers cette ville et l’année d’enfance que j’y ai passée. J’y suis ensuite souvent revenu enfant pendant les vacances mais une fois plus grand, plus jamais… En 2007, je me suis installé à Tanger pendant quelques mois, persuadé que mon prochain film se déroulerait dans cette ville. Tétouan est à 50 km et je suis évidemment allé la revisiter. Quelque chose entre l’histoire que j’écrivais, l’atmosphère et les personnages a alors progressivement pris corps dans cette ville. J’ai commencé à y aller plus souvent et à écrire cette histoire dans et pour cette ville… Je pense qu’une émotion, une nostalgie, une mélancolie est remontée lors de ces visites durant cet hiver 2007. J’ai ensuite filmé avec ces émotions, ces états d’âme ressentis lors de cette seconde rencontre avec la ville qui, la première, avait imprimé ma rétine. »
Avec un tel récit, on mesure que le fameux « printemps arabe » est loin d’avoir atteint ces rivages où l’horizon n’est pas vraiment signe d’espoir. Un thriller original et réussi.


