MADS MIKKELSEN, EN GUERRIER VENGEUR

MICHAEL KOHLHAAS, d’Arnaud des Pallières

Avec Mad Mikkelson, Mélusine Mayance, Delphine Chuillot, Bruno Ganz, Denis Lavant, Sergi Lopez, Amira Casar

Sortie : mercredi 14 août 2013

Je vote : 4 sur 5

L’histoire ?

Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l’injustice d’un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit. Et se venger…

c143ebde7ec633b7e71f4ed201c277495c0ae6f6

Saisissant

Avec la superbe séquence d’ouverture où des cavaliers s’avancent sur une crête dans un cadre austère splendide, Arnaud des Pallières semble nous convier à un film épique à la façon de Kurosawa avant de basculer dans une histoire au dénuement saisissant qui lorgne plus du côté de Bresson. Il souligne : « L’histoire se déroule au XVIème siècle, à la croisée de deux époques. Dans les campagnes, une petite aristocratie appauvrie dispose encore de prérogatives féodales héritées du Moyen-Age. Dans les villes, un nouveau monde se développe, au sein duquel des bourgeois éduqués manquent encore d’un véritable poids politique. Trois principales figures s’affrontent. Celle, féodale, déjà spectrale, du jeune baron, cause de l’injustice. Celle du marchand Kohlhaas, futur citoyen de droit, victime d’injustice et capable d’une révolte dont la limite sera l’individualisme.Enfin, préfigurant le révolutionnaire, celle du jeune valet Jérémie, porteur des utopies de liberté et de bonheur des révoltes paysannes en France et en Allemagne des années 1520-1530. »

Au passage, il établit symboliquement un parallèle avec le monde contemporain comme il le reconnaît : « Michael Kohlhaas témoigne d’une formidable intuition de notre monde contemporain : comment un marchand respecté, mari aimant, père attentif, devient-il un véritable fanatique, pur corps porteur d’idée fixe ? Quelle puissance de mort se met soudain à l’œuvre chez ce paisible commerçant d’il y a cinq siècles ? Il y a dans ces questions, malheureusement, l’essentiel de nos inquiétudes politiques pour le monde d’aujourd’hui. » Et c’est un autre atout de son récit qui plonge le spectateur dans un Moyen-Âge décrit d’une manière réaliste et à l’atmosphère pesante malgré les grands panoramiques sur la nature inviolée.

e060b15ede8e39dda0dc3fe9700c12f96be20879

Son récit, à la mise en scène d’un splendide dépouillement, est servi d’abord par la performance -une de plus, de Mads Mikkelsen, parfait dans la peau de ce guerrier solitaire qui se lève face à l’injustice, les violences faites aux siens. Le comédien souligne : « Kohlhaas est un personnage unique. Il n’est pas comme vous et moi. Kohlhaas demande la chose la plus simple au monde (la justice, l’égalité des droits entre les hommes) et cela déclenche l’extrême autour de lui. Kohlhaas est un homme dont les idéaux sont bien plus grands que lui-même. Bien plus grands que sa propre vie. » Autour de lui, la distribution solide -de Bruno Ganz à Denis Lavant, en passant par Amira Casar- donne une vraie épaisseur à son récit.

Plus confus

En adaptant la nouvelle philosophique de Kleist,  Arnaud des Pallières est parfois victime de ses ambitions et ne parvient pas toujours à passer d’un souffle épique à une approche plus théorique, janséniste de l’existence. La parabole politique devient alors parfois un peu pesante et le propos appuyé. Malgré la force de certaines séquences -les combats sont filmés avec une économie qui rende leur violence encore plus perméable- le récit perd alors un peu de  souffle. Malgré tout, cet opus touche par la gravité de son propos et  la beauté saisissante de la mise en scène accompagnée d’une photographie splendide.

4234b6e2c4a403e738f27d3b81901b9cbbb4138f_p

Laisser un commentaire