UNE AFRICAINE QUI S’EMANCIPE

Aya_46_02_214AYA DE YOPOUGON, dessin animé de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie. – 1h24

Avec les voix de Aïssa Maïga, Tatiana Rojo, Jacky Ido.

Sortie : mercredi 17 juillet 2013

Je vote : 4 sur 5

Quezako ?

Fin des années 1970, en Côte d’Ivoire à Yopougon, le  quartier populaire d’Abidjan.  Aya, 19 ans, est  une jeune fille sérieuse qui préfère rester étudier à la maison plutôt que de sortir avec ses copines.  Aya partage ses journées entre l’école, la famille et ses deux meilleures amies : Adjoua et Bintou, qui ne pensent qu’à aller « gazer » en douce à la nuit tombée dans les maquis. Les choses se gâtent lorsque qu’Adjoua se retrouve enceinte. Que faire ? Le fils Sissoko, fils d’un riche brasseur de bières, va alors  se retrouver confronté à ses responsabilités. Mais serait-il le vrai père ?

2 raisons d’aimer ce film ?

Le portrait d’une jeune fille éprise de liberté. En adaptant sa bande dessinée,  Marguerite Abouet fait le portrait d’une jeune fille qui veut faire avancer l’émancipation féminine sans pour autant condamner la vie des autres.  « Au fond, dit la cinéaste, Aya est Aya_00_04_058un personnage humain et tolérant. Si elle vivait aujourd’hui, elle organiserait des meetings en interpellant les jeunes pour qu’ils n’entrent pas dans le jeu des politiques et en leur rappelant que la mixité est la valeur la plus fondamentale. »  Tout au long des aventures d’Aya et de ses copines, l’humour est au rendez-vous même dans les situations qui pourraient vite devenir dramatiques et cette recherche de paternité qui conduit les personnages du centre ville au villages des ancêtres est toujours tempéré par un clin d’œil. « La vie continue », comme on aime à répéter en Côte d’Ivoire, dit la réalisatrice. Cette phrase résume parfaitement ma conception de l’existence. » En partie autobiographique, l’histoire permet à l’auteure de revenir sur le quartier  de Youpougon, où elle a grandi pour s’en nourrir et signer un hymne à l’ouverture d’esprit :  « C’est le noyau autour duquel je me suis construite et qui a nécessairement nourri mon imaginaire. Un enfant qui naît à Youpougon peut vivre dans n’importe quel quartier du monde car on y trouve toutes les cultures et toutes les couches sociales. » 

Porté par bien des musiques africaines -de Myriam Makéba au crooner ivoirien Ernesto Djédjé- ce dessin animé en 2D présente une une autre originalité : montrer le fonctionnement d’une entreprise africaine de l’intérieur -ici une usine de bière- avec ses rapports hiérarchiques, ses principes de piston… Et où les cadres ont tendance à singer  les habitudes des responsables durant la colonisation.  Avec, toujours, le sens du rire quand la patron de la société Sissoko affiche une corpulence étonnante en totale opposition avec celle de son fils, un vrai glandeur qui ne pense qu’à draguer. « Bonaventure Sissoko m’a été inspiré par un ancien ministre des sports de Côte d’Ivoire : je trouvais très drôle qu’un homme censé incarner le bien-être physique soit aussi enveloppé ! » dit Marguerite Abouet.

Une fable africaine moderne qui ne manque pas de piquant. Avec l’utilisation très amusante des vraies publicités dans le cours du récit et qui rythment la narration en apportant une nouvelle touche d’humour.

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