NOEMIE LVOVSKY EN RASE CAMPAGNE

CHEZ NOUS, C’EST TROIS ! , de Claude Duty – 1h28

Avec Noémie Lvovsky, Marie Kremer, Julien Baumgartener, et Stéphane De Groodt

Sortie : mercredi 17 juillet 2013

Je vote : 2 sur 5

Photo 4 ∏ Johan PoezevaraL’histoire ?

Réalisatrice déprimée,  Jeanne Millet part en province pour y présenter l’un de ses premiers films dans un petit festival itinérant de cinéma. Son séjour lui fait franchir plusieurs frontières entre amour et amitié, espoir et déception, cinéma et quotidien routinier.

Et alors ?

Avec ce portrait d’une cinéaste pas vraiment médiatique et qui est sur le point de renoncer à sa carrière, Claude Duty plonge le spectateur dans les chemins de traverse du 7ème Art avec les parcours pas toujours glamour de ces artisans. Il souligne : « On sait tous que l’on a un service après-vente à assurer : à Cannes, dans les multiplexes, partout en France surtout lorsqu’il s’agit d’une œuvre « modeste », plus fragile. Sur mes précédents films, j’ai bien vécu cette expérience mais il faut avoir envie de « prendre son bâton de pèlerin », comme le dit Tavernier dans « Mercredi 14h ». Il y a aussi un côté festif, vacancier qui Photo 5 ∏ Johan Poezevaran’est pas désagréable. Dans « Chez nous, c’est trois ! », Jeanne le vit mal parce qu’elle est en dépression et ne veut plus travailler. »

Dans une histoire qui coule tranquillement, au gré des rencontres de Jeanne, il décrit tout un petit monde d’amateurs de cinéma : randonneurs, chargés culturels des petites mairies, projectionnistes bricoleurs et dragueurs… Avec, dans ce travail entre réalité et fiction, l’irruption de la nature qui était aussi au centre de son dernier film, Bienvenue au gîte. Il reprend : « Je suis un
passionné de randonnées et j’adore évoquer les gens qui « font la route »… Il y a un côté contemplatif dans « Chez nous, c’est trois ! » parce que je prends le temps d’observer Jeanne, rêveuse et perdue dans ses pensées. Nous avions des impératifs liés aux quatre semaines de tournage, mais je tenais à ces pauses, à ces moments d’attente qui précèdent la projection nocturne d’un film. »

Tout en montrant le désarroi psychologique de sa Jeanne, il n’oublie jamais de faire jouer l’humour qui surgit dans bien des scènes avec le fil conducteur de l’étudiant africain qui fait une recherche sur la tradition des bises en France. Un personnage un brin lunaire dont les questions font sourire mais qui symbolise aussi les besoins de tendresse de gens délaissés.

Photo 1 ∏ Jean-Claude MoireauSi le film ne surprend pas par sa mise en scène, de facture très classique, parfois trop lent, il touche par la finesse de la description des états d’âme. Noémie Lvovsky est parfaite dans le rôle d’une cinéaste qui doute et ne sait répondre aux questions sur ces films que « Je ne sais pas… » Confidences du cinéaste : « Noémie ne sait pas faire semblant : elle est dans l’immersion totale si elle croit au film. Elle a insufflé une énergie incroyable à son personnage et au tournage, sans jamais être directive ni fondamentalement introspective. Son obsession est d’être dans la vérité du personnage. » Autour d’elle, gravitent toute une série de personnages qui donnent une certaine épaisseur à l’histoire : Marie Kremer, en assistante malmenée par le responsable culturel; Judith Godrèche, une comédienne qui a du succès et  veut aider la cinéaste avec laquelle elle débuta; Bruno Wolkowitch, en marchand de bien, fin bateleur…

Un opus qui est aussi une déclaration d’amour à l’univers animé, un monde d’artisan du 7ème Art. « J’aime ce qu’est le cinéma et ce qui gravite autour de lui. J’ai toujours eu du respect pour tous ces gens impliqués et passionnés : être dur ou cynique envers eux ne me
ressemblerait pas« ,  conclue Claude Duty.

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