MA MEILLEURE AMIE, SA SŒUR ET MOI, de Lynn Shelton- 1h30
Avec Emily Blunt, Rosemarie Dewitt et Mark Duplass
Sortie : mercredi 3 juillet 2013
Je vote : 3 sur 5
L’histoire ?
Encore sous le coup de la disparition récente de son frère, Jack accepte l’invitation d’Iris, sa meilleure amie, dans son chalet familial afin de passer une semaine seul à méditer pour se retrouver. A son arrivée, après une longue route en vélo, Jack trouve la maison déjà occupée par Hannah, la soeur d’Iris, venue y soigner une blessure amoureuse. Après une soirée très arrosée suivie de l’arrivée inopinée d’Iris elle-même, le trio va vivre des révélations inattendues…
Et alors ?
Jouant avec finesse de situations qui auraient pu être scabreuses ou lourdingues, Lynn Shelton sait décrire les dérives amoureuses sans se départir d’humour et de distance. Elle souligne : « Je n’ai pas cherché à rendre ces situations drôles. J’ai essayé de raconter une histoire et l’humour est lié à un contexte très particulier. Il provient des personnages et des situations, mais il n’y a pas de gags dans mes films.J’ai le sentiment que les moments les plus drôles du film ont été tournés les jours où nous étions le plus sérieux sur le plateau. Quand, pour les personnages, la situation devient tendue et que le malaise s’installe, c’est là que le spectateur se met à rire car il s’identifie à ce type de situation. Il peut avoir une réaction du genre : « Ma femme fait exactement la même tête quand elle sent que je lui raconte des conneries ! ». J’espère – et c’est mon ambition – que les personnages ont l’air juste et authentique. »
Son style fait mouche dans plusieurs séquences : quand Jack se retrouve voyeur par inadvertance comme lorsque les deux sœurs évoquent les problèmes de pilosité qui marquèrent leur adolescence. Avec le cadre magnifique de cette maison perdue sur une île au milieu de la nature, la cinéaste réussit à créer une espèce de décor de théâtre qui donne encore plus de résonance à cet étrange triangle amoureux.La tenue du film tient aussi au choix des comédiens qui forment un trio juste et touchant. L’urgence du tournage aurait-elle facilité cette fluidité ressentie à l’écran ? En tout cas, Rosemarie Dewitt a aimé cette urgence créatrice : « Nous tournions 35 scènes par jour. Du coup, c’était très détendu car il pouvait nous arriver de tourner une scène où on était bourrés, puis une scène de sexe, puis une autre sur un bateau et une quatrième à vélo dans la même journée ! C’était donc très relax, mais dans le bon sens du terme puisque c’était stimulant pour la créativité. »
Dans une mise en scène qui a fait la part belle aussi à l’improvisation, Mark Duplass sait trouver le juste ton pour donner du caractère au personnage de Jack, balloté entre ses sentiments amoureux et son sens de l’amitié. Mais, il rend grâce aussi au talent des deux comédiennes : « Emily et Rose sont hallucinantes. Dans le film, on se rend compte qu’elles sont parfaitement à l’aise dans l’impro la plus réaliste, tout en réussissant à conserver ce que j’appelle leur « charisme de star ». Par exemple, elles peuvent balancer une réplique improvisée, tout en sachant parfaitement où est la caméra et, du coup, en faisant un mouvement de la tête totalement contrôlé pour que la lumière vienne éclairer leur regard au moment crucial. »
De cette description d’une tranche de vie intime, il ressort alors une belle véracité, non dépourvue d’une certaine profondeur dans l’expression des sentiments.


