EL PREMIO, de Paula Markovitch – 1h38
Avec Paula Galinelli Hertzog, Sharon Herrera, Laura Agorreca
Sortie : mercredi 27 mars 2013
Je vote : 4 sur 5
L’histoire?
Dans l’Argentine des années 70, Cecilia, une petite fille de 7 ans, vit recluse avec sa mère dans une maison sur la plage et battue par les vents. Elle partage avec sa maman un secret pesant mais sans en comprendre vraiement les aboutissants. Un jour, elle se met en danger quand l’armée demande aux enfants de sa classe de rédiger une lettre à la gloire des militaires…
S’inspirant largement de sa vie -elle dut fuit Buenos Aires avec sa mère en 1968 pour se réfugier dans une petite ville perdue, San Clemente, Paula Markovitch évoque les années noires de la dictature du général Videla en Argentine qui conduisit à bien des arrestations, des tortures et des disparitions. La force du premier film de cette scénariste réputée, c’est de décrire une atmosphère lourde en s’attachant au parcours d’un enfant, dont la naïveté peut conduire au pire. Elle explique : « Je ne souhaitais pas tourner un film centré sur le destin collectif du peuple argentin. Je voulais m’appuyer sur ma propre expérience. Il me semblait en effet plus puissant de m’arrêter sur le destin d’une petite fille, de me focaliser sur ce qui se passe dans sa tête alors qu’elle se retrouve prise dans une terrible tourmente historique, celle générée par la dictature en place au cœur de son pays. »
Pour ce faire, elle a, au terme d’un casting difficile, déniché la perle rare : Paula Galinelli Hertzog. Au terme d’une ultime recherche, elle faisait partie d’un groupe de quinze enfants. Et la cinéaste de poursuivre : e suis tombée sur Paula. Il émanait d’elle une puissance, une profondeur, une violence intérieure qui m’ont saisie et ont immédiatement illuminé le personnage, lui ont apporté une nouvelle dimension. Elle m’a révélé certains traits de caractère, certaines perspectives que je n’avais pas envisagés, une approche plus intense. » Passant tour à tour de l’insouciance naturelle d’une enfant de cet âge à une gravité, quand l’enfant comprend que cette vie dans cette maison de fortune est tout sauf normale, quand elle fait face aux militaires venus faire de la pub pour le régime dans l’école, cette jeune comédienne porte une bonne partie du récit sur ses épaules.
Au cœur de l’histoire, remarquée par plusieurs prix mérités, tel l’Ours d’argent au Festival de Berlin, la cinéaste montre aussi comment une telle dictature n’a pas pu survivre sans le soutien tacite et la lâcheté d’une partie de la population. Paula Markovitch souligne : « Il m’a souvent été reproché par les argentins de revenir sur cette époque, beaucoup se sentent en fait encore coupable d’avoir toléré et parfois nourri cette dictature militaire, ils ont beaucoup de mal à assumer cette réalité. » Ce récit subtil est alors une manière de remettre les pendules à l’heure et d’aider ce travail douloureux de mémoire…

