LE PREMIER HOMME, de Gianni Amelio – 1h41
Avec Jacques Gamblin, Catherine Sola, Ulla Baugué, Denis Podalydès et Maya Sansa
Sortie : mercredi 27 mars 2013
Je vote : 3 sur 5
Août 1957. Un écrivain célèbre, Jacques Cormery, 40 ans, rend visite à sa mère qui demeure à Alger. Une ville en état de guerre. Il repense à ses années d’écolier, à ses amis européens et algériens et à M. Bernard, cet instituteur qui l’a projeté vers une vie inconcevable pour un enfant né dans une famille pauvre et analphabète. Fidèle à son passé, que peut-il faire pour réconcilier ceux qui comme lui, pieds-noirs et algériens, sont nés sur le même sol, mais que le mouvement de l’histoire a transformés en ennemis héréditaires ?
2 raisons d’aller voir ce film ?
Retrouver l’atmosphère de la jeunesse de Camus, inspirée du roman qu’il avait commencé quand il se tua en voiture en 1960 et qui ne fut publié chez Gallimard qu’en 1994. Dans ce récit romancé masquant une autobiographie, Camus y décrit un auteur, Jacques Cormery qui revient dans son Algérie natale et cherche les traces de son enfance en retrouvant sa mère et d’anciennes connaissances.
Camus qui, dans Alger vivant cette guerre d’indépendance, conserve son libre arbitre, quitte à subir les foudres d’une Gauche française prompte à jeter l’anathème. Campant un
Camus avec finesse et distance, Jacques Gamblin a raison de noter : « Les opinions et les engagements de Camus ont été forcément nourris de cette enfance. Sans entrer dans la polémique, il a juste exprimé son ressenti d’être Algérois et Français ; il a revendiqué cette double appartenance. C’est une position humaniste et « géographique », de par son enfance et sa cohabitation avec les Arabes. Je trouve ça plus viscéral et organique que politique. » Et quand Camus lance devant un parterre d’étudiants à la faculté – « Le devoir de l’écrivain n’est pas de se mettre au service de ceux qui font l’Histoire mais d’aider ceux qui la subissent ! »– on mesure à quel point l’homme refuse de céder au politiquement correct et se bat pour conserver sa liberté de penser.
Ayant connu comme Camus une jeunesse pauvre, l’absence d’un père, et la présence de deux femmes fortes -sa mère et sa grand-mère, Gianni Amelio sait nous faire partager cette jeunesse du romancier subissant l’humiliation de la pauvreté. Ainsi quand la grand-mère va protester avec véhémence chez le boucher qui n’aurait pas donné au petit autant de viande qu’il n’avait payé (et alors que le garçon a prélevé sur l’argent des courses de quoi se payer une bande dessinée). Tout est dit dans cette scène filmée avec froideur. Tout comme dans les plans de l’entreprise où bosse le garçon pourtant en âge d’aller encore à l’école. Il n’y a pas de pathos mais des petites touches qui sonnent justes.
Si Denis Podalydès est une fois encore très à l’aise dans le rôle de cet enseignant qui a compris que son protégé mérite mieux qu’un avenir d’ouvrier (et même si son maquillage de vieux monsieur fait un brin toc), ce sont les deux actrices qui incarnent la grand-père et la mère qui sont troublantes d’authenticité. Maya Sansa joue cette mère aimante mais qui n’ose pas s’affirmer devant la grand-mère dure et autoritaire (extraordinaire Ulla Baugué). Et on est surpris de voir la performance du jeune Nino Jouglet qui joue Camus enfant et passe d’une vraie naïveté à une soudaine gravité sans forcer le trait.
Si la mise en scène est très classique, on ne peut néanmoins que ressentir de l’émotion en replongeant dans la jeunesse du jeune Camus qui détermina toute sa vie et son œuvre. Et en découvrant des êtres qui défendant avant tout la dignité de vivre.

